
Je n’ai pas de souvenir précis de la première fois où j’ai fait de l’escalade. Il faudrait demander à mes parents, c’est eux qui m’ont mis mon premier harnais. J’ai plutôt en mémoire des images de pieds de paroi, des sensations de fierté d’assurer mes frères et sœur ou d’arriver en haut d’une voie, de moments de panique lorsqu’il était temps de s’assoir dans le vide pour redescendre, de crises de larmes et d’envie, toujours, de réessayer.
L’escalade fait partie de ma vie depuis au moins un quart de siècle. J’ai été initiée sur du rocher, et on allait grimper en famille régulièrement à l’occasion des vacances. Je me rappelle qu’on avait des harnais trop grands, qu’on n’avait pas toujours un casque, qu’on assurait avec un 8, qu’on faisait du rappel sans prussik.
Probablement parce que ça ne suffisait pas d’en faire seulement ponctuellement, je me suis inscrite pour une année en salle, je devais avoir à peu près 13 ans. Le moniteur a réussi à m’en dégoûter. Ce n’est qu’au lycée que j’ai repris : les soirées après les cours, cette activité parascolaire était l’occasion de faire partie d’une communauté à laquelle je m’identifiais davantage que celle de ma classe de terminale S. C’est d’ailleurs grâce à l’escalade que j’ai eu la moyenne en sport au bac, parce que le basket et la course à pied, ce n’était pas ma tasse de thé!
Quand je suis arrivée au Québec pour mes études, naturellement, l’un de mes premiers réflexes a été de m’inscrire à la salle d’escalade de l’université. Ça a été un tremplin dans mon intégration québécoise, j’y ai rencontré de précieuses amitiés, et j’ai renoué avec le rocher! On se retrouvait après les cours et on attendait que les lumières s’éteignent, à 23h, pour rentrer chez nous. Avec mon amie Noémie, on a fait des centaines de kilomètres en pouce pour aller grimper au mont Kékéko en Abitibi. Avec Amélie et Jo’, on a même été en France, relier en Twingo les sites d’escalade de la Bretagne à la Provence en passant par les Pyrénées. L’histoire dit même qu’on a eu un lift en hélicoptère… Avec Alex, Aline, puis avec Orianne, Yohan, Vincent et Quentin, on se levait avant le soleil le weekend pour aller découvrir les parois des Laurentides, et on n’attendait pas que la neige ait fondu pour se précipiter dehors au printemps. Avec tous ces humains formidables, on a grimpé sur la plage, on a grimpé dans des grottes, on a assuré d’un canot, on est monté avec l’océan dans le dos, on est redescendu à la frontale, on a eu faim, on a eu soif, on a eu froid, mais tant qu’on avait du vent dans les cheveux, les pieds confinés dans nos souliers trop petits et de la roche au bout des doigts, on était content.


Un peu plus tard, j’ai même travaillé à Zéro Gravité comme monitrice d’escalade, pas pire comme job étudiante. Bref, petit à petit, l’escalade est devenue un mode de vie. Aujourd’hui, elle remplit plusieurs soirées de mes semaines, plusieurs week-ends de mes étés, et souvent, mes souliers sont dans mon sac lorsque je pars en vacances. Parce que chaque fois, ces expéditions me donnent des papillons (des vagues de joie, des noeuds au ventre, des larmes d’émerveillement, des larmes d’appréhension, des sensations de légèreté, des sourires spontanés) et qu’elles m’amènent dans des lieux insoupçonnés, en plein air ou au fin fond de moi.
Eh oui, l’escalade est aussi une école formidable pour le développement personnel. Elle m’amène à mieux me connaître chaque jour, que ce soit dans ma gestion du stress, de la peur et de la frustration, dans mes capacités de prise de décision et d’engagement, dans ma détermination, dans mes modes de communication et mes relations humaines. Elle me permet de travailler sur moi, elle me permet de grandir, de me dépasser, et de me réancrer aussi parfois. Ça, je vous en reparlerai dans un prochain article!


– Noémie
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