Rinjani – Jour 1
Après quelques photos de couple et de groupe pour immortaliser la propreté de nos vêtements et nos traits reposés, nous voilà enfin partis! L’aventure commence dans un paysage de plaines très paisibles et dénudées d’arbres avec une magnifique vue sur le Rinjani. C’est marrant mais vu d’ici, il n’a pas l’air si loin, si haut, si redoutable. On pourrait même se demander pourquoi on ne fait pas l’ascension en une journée! On comprendra plus tard pourquoi…
D’un coup, nous passons d’une flore herbacée et rase à une forêt luxuriante remplie de liagnes et de vaches se promenant et broutant en liberté. Peut-être se protègent-elle du soleil qui tappe déjà bien fort à 9h du matin. Nous croisons aussi plusieurs macaques qui viennent assouvir leur curiosité, nous baillant dans la face en passant et retournant rapidement à leur occupation une fois les premiers randonneurs croisés. On entend au loin des motocyclettes, certainement des marcheurs déposés au début du sentier me dis-je. Nous arrivons facilement au premier poste synonyme de première petite pause pour tout le monde. C’est un endroit simple, plat, sans aucune commodité mais à l’ombre. On ajuste notre équipement et le nombre de couches que l’on porte car il fait de plus en plus chaud et humide. On découvre aussi que les bruits de pot d’échappement que l’on entendait étaient en fait des motos tout terrain qui font le taxi jusqu’au poste 2 pour les touristes qui le souhaitent. Eux aussi font une petite pause avant de remonter sur leurs bolides et de filer à toute vitesse sur la pente doucement bosselée qui s’offre à nous. Concept encore une fois particulier et qui ne me serait pas venu à l’esprit pour une randonnée…
Notre guide, qui profite de cette pause pour prendre son déjeuner salé, nous fait signe de reprendre sans lui, qu’il fini son repas et nous rejoint rapidement. Nous nous exécutons, joyeux de pouvoir repartir. Ni une, ni deux, le revoilà déjà avec nous, sans une once d’essouflement dans sa voix alors qu’il jase avec différents membres du groupe. Il nous raconte que dans le passé il était lui même porteur et qu’il a décidé de remplir les 3 pré-requis afin de passer guide : savoir parler anglais, savoir cuisiner et être capable de suivre n’importe quel randonneur sur le Rinjani. Je comprends mieux d’où vient la taille de ses mollets! En parlant de porteurs, nous n’avons toujours pas vu ceux de notre équipe, ni aucun autre d’ailleurs. Awer me dit qu’ils sont parti un peu avant et qu’ils sont déjà au poste 2 à préparer notre arrivée.
Après 400m de montée, nous voilà justement arrivés au 2ème poste. C’est le jour et la nuit par rapport au poste 1 : il y a des magasins ambulants qui vendent des chips, des boissons gazeuses, de la bière, du café, du thé, des chapeaux, des casquettes, des lunettes de soleil et tout un tas d’autres choses à manger, à boire ou à l’utilité plus ou moins appropriée. Il y a aussi des plateformes surélevées carrées avec des toitures et on s’aperçoit que c’est là que les différents groupes se réunissent en attendant que le repas soit servi. Et quel repas préparé par nos porteurs! Un nasi goreng, un riz frit avec des épices et quelques légumes, surmonté d’un œuf au plat. Le tout suivi d’un plateau de fruits frais : ananas, bananes et pommes soigneusement découpés et présentés. La montagne c’est comme la mer : ça creuse! On se délecte de nos plats sur de la musique de Bob Marley jouée dans des enceintes on ne sait où. C’est vraiment une star intemporelle et passe partout ce Bob. À peine notre repas et notre boisson gazeuse terminés, notre guide nous fait signe qu’il est temps de repartir. Apparemment il ne faut pas arriver trop tard au sommet de la Caldera pour ne pas se coucher trop tard. En effet on attaque le sommet dans la nuit, vers 2h du matin me dit-on.
La montée jusqu’au poste 3 se fait tranquillement, tout le monde prend son rythme et nous jasons joyeusement avec nos nouveaux amis Italiens. Véronica est mathématicienne spécialisée en épidémiologie pour les maladies véhiculées par l’eau. Marco est physicien, diplômé d’un post doctorat sur un sujet complexe qui m’a échappé. Difficile malgré tout de trouver un emploi, que ce soit dans la recherche ou dans le milieu de l’éducation. Il rêve d’ouvrir sa compagnie de rafting en Italie à la frontière avec la Suisse. Je lui dit que les rêves sur le papier c’est beau, mais pour que ça devienne magique il faut les réaliser. Sa blonde n’a pas l’air entièrement d’accord avec ce projet de vie, elle est plus citadine que lui. Ces vacances leur permet de faire de l’espace mental pour tranquillement penser à la suite, quelle bonne idée! Les porteurs sont partis bien après nous, le temps de faire la vaisselle et ranger toutes les affaires, mais ils ont eu vite fait de nous dépasser avec la musique de leurs cellulaires à fond les ballons. Ils sont vraiment impressionnants et leur sens de l’équilibre et du rythme m’étonne. Nous arrivons au poste 3 sans encombre mais ils sont déjà certainement déjà au prochain poste, ils vont tellement vite!
À partir du poste 3, la montée devient sérieuse et restera difficile jusqu’au poste 5, là où nous dormirons. Plus de discussion, il faut être concentré et garder son souffle. Le terrain est un mélange de roches, de sable et de marches naturelles déjà beaucoup trop hautes pour moi! Alors imaginez-vous pour Noémie! Elle doit monter les genoux au niveau de son beau petit nez avant de pouvoir pousser et se hisser vers la prochaine qui parfois est tout aussi haute, parfois même plus. Certains passages sont vraiment glissants à cause du sable, on fait trois pas devant et on recule d’un. On est vite trempés, non pas par la pluie ou par l’humidité des nuages que l’on traverse, mais bien par nos pores qui libèrent toujours plus d’eau salée. Je me répète que c’est un procédé qui permet de contrôler notre température corporelle afin d’éviter la surchauffe. Ça m’aide à limiter le dégoût d’être trempé jusqu’à la bobette, collant de toute part et piquant de cristaux de sel donnant des belles auréoles partout où votre imagination peut se balader. Ce n’est que le premier jour et je crois qu’il n’y a pas de douches… Ça va être sympa sous la tente! 😅
Noémie marche derrière avec notre guide qui lui tient compagnie. Je l’attends de temps en temps et la reconnais parmi mille : elle à la face rouge écrevisse et brille d’un rouge digne des plus beaux couchés de soleil. Pour elle ça doit être Gulliver au volcan des géants cette ascension! Elle n’est d’ailleurs pas la seule à en baver, un gars assez costaud (chest-bras!) semble étonné d’être toujours à la recherche de son souffle, comme si des luttins le lui dérobaient à chaque enjambée. J’encourage Noémie et continue de monter.
Après moultes marches, virages et rochers gravi, je finis par arriver aux abords du « rim », la couronne volcanique. Je suis accueilli par 2 macaques plantés sur le chemin qui ont l’air de se demander pourquoi les humains galèrent autant et prennent si longtemps pour monter si peu. Je fais quelques photos et les salue avant d’arriver 3ème après les frères Suisses dans la zone de notre campement. Et des tentes il y en a partout! Au moins 100, voir 150! C’est fou! Les porteurs des différents groupes s’affairent à les monter et à préparer une boisson chaude et un goûter avant l’arrivée de leurs clients fatigués. Ils sont vraiment aux petits oignons pour nous. Je leur communique mon admiration pour leur condition physique et leur rapidité et les remercie, un peu gêné, de s’occuper si bien de nous. Je ne sais pas s’ils ont compris grand chose mais j’espère au moins qu’ils ont senti que j’étais reconnaissant. Noémie arrive haletante et me dit d’emblée qu’elle ne sait pas comment elle va tenir les trois jours comme ça! Elle a peur pour ses genoux. Je la rassure et lui dit de se reposer un peu, que ça va bien se passer si elle va à son rythme et pas à celui du groupe. Elle me regarde, l’inquiètude dans les yeux… nous savons tous les deux que la deuxième journée risque d’être bien plus dure…
Nous sommes dans la brume donc pas de vue sur les paysages qui nous entourrent pour l’instant. Par contre nous avons vue sur tous les déchets qui traînent… Ça me choque et me dégoûte. Les deux toilettes construits ont une odeur insupportable d’ammoniaque du fait de la chaleur et de leur mauvais usage par les touristes, tandis que la nature autour est un champ de bataille de papiers toilette abandonnés après de longues luttes de sphincters épuisés. L’humain y jette aussi bouteilles d’eau et de bière, sachets plastiques, mouchoirs, épluchures de bananes, mégots, lingettes et autres. J’ai espoir de pouvoir faire mes besoins dans les fameuses tentes-toilettes temporairement installés par les porteurs… mais elles ne sont guères mieux : un trou de 20cm de profondeur par 20cm de diamètre creusé à la pelle, le tout entouré par une toile carrée tendue par 4 bâtons verticaux. C’est exiguë, ça pue et les gens mettent une quantité hallucinante de papier pour cacher leur prose… que les macaques prennent plaisir à débusquer et à goutter au passage en s’infiltrant par dessous les toiles. Ces singes sont parfois agressifs, montrent les crocs et chargent pour subtiliser ce que les touristes peuvent avoir à manger. Je me fais charger trois fois avant de comprendre que ma tranquillité repose sur la précision de mon lancé de pierre ou de ce qui me passe par la main. Ils sont d’ailleurs très méfiants des indonésiens qui n’hésitent pas à leur foncer dessus ou à leur balancer des gros cailloux. Bien sûr, on ne rebouche pas les trous des tentes-toilettes une fois le campement levé, à quoi bon s’embêter avec ça? Ça fait d’ailleurs un petit parcours sympa lorsqu’on se promène dans le camp, aucun risque de se fouler une cheville dedans à 2600m d’altitude!… Mon sarcasme est à la hauteur de ma déception envers notre espèce. Je suis content qu’au Canada, aux États-Unis et en France le « sans traces » est aussi répandue, même si on a encore des efforts à faire on s’entend.
Un autre point difficile à avaler concerne les touristes. C’est comme si la coutume locale de tout jeter partout leur donnait le droit de s’abstenir de la préservation de l’environnement. Combien ai-je vu jeter leurs restes de pastèques dans la mer, leurs papiers par terre, utiliser chaque fois des sacs plastiques pour leurs mini courses et vider 3-4 petites bouteilles d’eau en plastique par jour de voyage… On fait attention chez nous mais chez les autres en s’en fou… C’est triste. Nous sommes d’ailleurs les seules à avoir en tout temps notre gourde avec filtre intégré pour gérer notre eau potable partout où nous allons. Ça me paraissait tellement une évidence avant de partir! Mais ça n’a pas l’air de l’être pour tout le monde. J’ai le sentiment que nos efforts sont tellement insignifiants comparé à ces millions de personnes pour qui le respect de la nature n’est pas à l’agenda des années à venir…
Heureusement la brume se lève d’un coup et dissipe ma tristesse. La vue qui se dégage devant mes yeux est sublime : nous aperçevons doucement l’autre côté de la Caldera, puis le lac tout en bas se dévoile peu à peu. Le sommet du volcan devient de moins en moins timide et affiche, libéré de ses chaines de nuages, tout sa splendeur aux tons de rouge clair et de bordeau fumé. Nous découvrons le chemin qu’il nous faudra encore gravir dans la nuit, l’arrête semble nous inviter à un concours d’équilibre. Se soleil se couchant, les reflets rougeoyants rendent le paysage encore plus épique. Nous mangeons un curry de poulet délicieusement épicé et allons nous coucher vers 19h. Tout autour les gens sont excités et parlent à n’en plus finir. Les deux jeunes Suisses dans la tente d’à côté sont partis dans de grandes discussions en Suisse-Allemand avec une voix forte et grave qui résonne par le sol jusqu’à nos tympans. Un groupe de filles non loin contre balance avec leurs voix aiguës et leur énergie festive. Nous on aimerait bien nous reposer avant le grand push. Nous mettons donc nos boules-quies afin d’atténuer un peu tout ce bruit ambiant. Le marchand de sable ne semble pas vouloir passer mais Morphée elle me plonge dans un sommeil agité par l’excitation de l’épreuve à venir.
Dans le prochain article on attaque le sommet!












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