Lombok – Labuan Bajo : 4 jours en mer

Le rendez-vous est à 8 heures au port de Gili Air (prononcer Aïr, ça veut dire eau). On rejoint un gars qui fera office de laisser passer pour monter dans le bateau qui nous ramène à Lombok. Il nous prend en photo, on embarque. De l’autre bord, un gars reçoit la photo et nous accueille 10 minutes plus tard pour nous amener à travers un dédale de ruelles dans un grand hangar où les touristes arriveront au compte gouttes pendant les deux prochaines heures.

Vers 11h, Rio rassemble les 38 croisiéristes devant un grand panneau pour nous expliquer jovialement l’itinéraire des 4 prochains jours. Il se présente comme Rio mais nous dit qu’on peut l’appeler Aba (c’est un détail important pour plus tard). Il sera notre guide jusqu’à Labuan Bajo.

D’Ouest en Est, de Lombok à Flores

La première étape se déroule en autobus dans des routes de montagne pour rejoindre, 3 heures plus tard, le port de Kayangan à l’Est de l’île. On dépose nos sacs dans le hangar : des indonésiens vont s’en charger. On surveille du coin de l’oeil ce qui entre dans notre autobus. Quand je demande ce qu’il en est de mon sac resté dans le hangar, on me dit qu’il va suivre dans un autre autobus. Je n’ai plus qu’à lâcher prise. Les routes sont parfois étroites, le chauffeur roule assez vite, les scooters arrivent de partout, le klaxon s’en donne à coeur joie, tout ce qui est plus petit se tasse, parfois sur le bas-côté.

Arrivé au port, on découvre notre bateau, notre maison des 4 prochains jours. 35 mètres de la proue à la poupe, environ 4 mètres de large. Avant de monter à bord, même rituel que quand on entre quelque part : on retire ses chaussures. Niveau 1 : les cabines privées, les toilettes-douche, la cuisine et la « salle à manger ». On nous ouvre ce qui sera la table commune et on découvre la cale en dessous, où on mettra nos sacs en vrac. Niveau 2 : le poste du capitaine, la terrasse et le dortoir. On se choisit deux matelas au milieu des 28 places : c’est là qu’on passera trois nuits. Niveau 3 : la terrasse sur le toit. Comme elle est investie par les fumeurs du groupe, on s’installe à l’avant du bateau où nous rejoint rapidement un couple de français… de Montréal… en année sabbatique pour Kelly, digital nomad pour Sebastien! C’est parti pour 2 heures de navigation pendant lesquelles on fait connaissance, jusqu’à la petite île de Kenawa.

Bateau de croisière sur une mer calme (pour l’instant)

On monte dans une petite embarcation qui nous dépose sur la plage, où on emprunte un sentier pour monter en haut de la colline admirer le coucher du soleil. Le ciel s’embrase et nous dévoile, petit à petit, les sommets d’une montagne sur une île voisine. Avec une pointe de nostalgie, on plonge dans nos souvenirs d’une aventure mémorable en regardant le mont Rinjani percer les nuages. On rend hommage à la chance qu’on a eue de pouvoir en gravir les pentes, avant que ne s’effondre un pont, la santé de deux touristes et le gagne-pain des nombreux guides et porteurs qui le sillonnent quotidiennement. Le parc restera fermé pendant presque 1 mois.

À la nuit tombée, on remonte sur le bateau où nous attend un souper cuisiné avec soin par l’équipage. Tout le monde est réuni dans la salle à manger, autour de la table-cale. Il y a une famille de danois, et une famille de français, un couple australo-néo-zélandais, des amis des Pays-Bas, des amis Israéliens, des amis anglais, une espagnole, une anglaise, un suisse. On se régale puis on va se coucher.

Jour 2. À 6h du matin, on est réveillé par un raffut : on est arrivé au site des requin-baleines et c’est l’heure d’aller plonger avec eux. L’odeur des crevettes nous donne la nausée, ainsi que le constat qu’on les nourrit pour nous offrir l’opportunité de les voir. Qu’est-ce qu’on croyait? Un gigantesque poisson gris tacheté de picots blancs est à la verticale, la gueule ouverte, et se gave de la mixture nauséabonde que lui déverse directement un crevettier. On se met en maillot, on attrape au vol un masque et un tuba, et on saute à l’eau. Quand je dis « on », c’est probablement la moitié de notre bateau, et l’équivalent du deuxième bateau qui vient de nous rejoindre, une bonne quarantaine de baigneurs. On observe. Et tout à coup, un 2ème requin-baleine nous passe quelques mètres en dessous. Je pousse un cri de surprise. On est en plein océan. Le soleil se lève à peine. On se sent tout petit. On a les émotions coincées entre la magie de la chose, la déception de son artificialité, et le privilège qu’on a.

Odeur de crevettes à 6h du matin, certain.e.s hésitent à se lancer à l’eau
Aperçu d’une plongée mémorable avec des requin-baleines

Puis je remonte dans le bateau et profite du fait que plusieurs sont encore à l’eau pour aller prendre une des deux douches du bateau. Ça se passe dans la même cabine que les toilettes, une cabine où la lumière dégage une chaleur suffocante, l’eau est froide, mais elle est douce et ça fait du bien. Puis on nous sert un petit dej’ sur fond d’odeur de crevettes. Un bon 24h de navigation nous attend, probablement la journée la plus longue de ma vie. Il y a une houle intense, le bateau tangue tellement qu’on a du mal à se tenir debout, l’horizon alterne entre le ciel et le creux de la vague. Rio nous dit qu’il faut regarder le capitaine : tant qu’il sourit, pas de panique. Le capitaine est zen. Mathis, lui, ne semble pas affecté le moins du monde. Pour moi c’est une autre affaire. Il faut trouver un point à regarder, respirer à fond. J’observe le comportement des vagues pendant 4 bonnes heures et je réalise que les grosses vagues viennent souvent par trois, ensuite il y a une accalmie de quelques secondes. Au dîner, je dois attendre cette accalmie pour enfourner une fourchette dans ma bouche, mâcher et avaler, avant que ça ne reprenne de plus belle. C’est long. Je me répète que je voulais ralentir le temps et prendre une pause de scooter. Le bateau dans la houle, c’est une bonne manière. Cette journée là, j’ai fait 2 fois le tour de ma playlist de musique disponible hors-connexion. Je décide de me passer de souper en regardant les autres avaler du mie goreng (nouilles frites) et se reservir. Rien qu’à les voir ça me donne envie de vomir. Vers 20h, épuisée, je retourne tant bien que mal à ma cabine en me tenant où je peux, j’avale un gravol, fais une sieste, avale un deuxième comprimé qui a raison de moi. Rideau.

Jour 3. On se réveille sur une mer d’encre, comme si la veille n’avait été qu’un mauvais rêve. On est amarré au ponton de l’île de Komodo, là où résident les fameux dragons. C’est un soulagement pour moi de mettre enfin les pieds sur la terre ferme, et pendant que le guide termine ses explications, je m’éclipse aux toilettes. Le bonheur d’être assise sur un trône qui ne tangue pas!! En sortant des toilettes, un gars me dit qu’il y a un dragon pas loin. Je devine ses grosses pattes qui ressemblent à des racines, il est bien camouflé. On part et notre premier arrêt est ce varan, de face cette fois et de beaucoup plus proche. Tout le monde s’agglutine devant lui pour prendre une photo et il nous fait cadeau d’un bâillement laissant entrevoir le fond de sa gorge. C’est presque irréaliste quand on sait à quel point il peut être dangereux. On continue la marche dans ce qui représente 0,1% de son territoire. Devant le trou d’eau ou plutôt de boue, le guide nous explique que les dragons mangent une fois par mois. À leur naissance, les petits se carapatent dans les arbres pour ne pas se faire manger par leur mère. Pas très optimal comme mécanisme de préservation de l’espèce… Justement, on est en pleine période de reproduction et un peu plus tard, on croise un couple de varans en pleine action : le mâle allongé sur la femelle, dans le lit d’une rivière, immobiles. Ils manquent un peu d’intimité ces deux là avec la masse de touristes autour d’eux. On nous répète qu’on est chanceux d’en avoir vu 3, et on a un peu l’impression que le reste de la visite est expédiée.

Aller, on remonte sur le bateau direction la Pink Beach. Vous l’avez compris, c’est une plage de sable rose, et cette couleur qui ressort avec l’orientation du soleil est due aux petits coraux en décomposition d’un rose éclatant. Avec le turquoise de l’eau, c’est magnifique. Deux choix pour s’y rendre : Mathis choisit de sauter du bateau et de nager jusqu’au rivage et je me fais déposer en bateau. Si je me délecte de la vue depuis la plage que je sillonne de bout en bout, Mathis est déjà loin dans l’eau à observer les fonds marins.

Trois heures plus tard, on est de retour dans le bateau. La prochaine étape est le coucher de soleil. Padar Island est une île pleine de recoins, dont la majorité ne semble pas accessible à pieds. Depuis la plage, un grand escalier permet de monter à l’un de ses sommets. La montée se mérite sous la chaleur accablante de fin de journée, mais rien ne vaut le point de vue. Au fur et à mesure de notre ascension, la lumière se fait de plus en plus chaude, et le paysage de plus en plus contrasté, jusqu’à l’apogée du coucher de soleil qui fait s’embrasser le ciel. Séance photos.

On arrive sur la plage à la nuit et on crie Aba-Aba, le nom de notre guide pour retrouver notre bateau. Aba nous retrouve en riant : Aba, ça veut dire marijuana! Quel numéro celui-là! En tout cas il s’est déjà motivé pour la suite de la soirée : la fête du dernier soir de croisière… après 3 heures de navigation! Autant dire que tout le monde n’était pas si motivé. Pour notre part, on passe une soirée tranquille avec nos nouveaux amis avant d’aller se coucher, profitant que les fêtards ne soient pas sur le bateau mais sur une île à proximité.

Jour 4. Ce matin, le bateau est encore endormi quand on monte sur le pont. On profite de la quiétude pour s’installer sur le toit avec Yohan (le suisse) et savourer notre café en admirant la vue de l’île de Kelor. Bientôt, l’équipage du bateau émerge, avale un pancake à la banane et une tranche de papaye, et on se retrouve sur l’île des baby sharks (tutu tulu). Mathis et Yohan partent en masque et tuba explorer le tour de l’île tandis que la majorité reste sur la plage à se tremper les pieds au milieu de requins miniatures qui grandissent dans les eaux peu profondes pour échapper à leurs prédateurs du plein océan. J’en profite pour discuter rapidement avec les 3 chinoises de notre équipage, qui sont un peu perdues : elles n’avaient pas compris qu’on était à la pouponnière de bébés requins! Lorsque je leur donne l’information, elles se précipitent les pieds dans l’eau mais m’expliquent qu’elles ne s’immergent pas car l’eau est trop froide! Moi qui trouvais justement qu’elle était un peu trop chaude pour se rafraîchir! Les gars sont tellement absorbés par leur expédition qu’ils ne voient pas le temps passer. Au moment de remonter sur le bateau, on n’a plus aucune trace d’eux. Rio ne sait plus très bien combien de personnes manquent à l’appel, en même temps il ne donne pas d’heure de fin d’activité et compte les passagers au nombre d’assiettes utilisées lors des repas!! Pensant chercher trois personnes, il part avec le petit bateau de sauvetage et ramène les deux plongeurs 30 minutes plus tard, déclenchant une huée des autres passagers. Tout sourire, Rio admet que les cuisiniers avaient mis une assiette de trop, donc le compte est bon!

Ça tombe bien parce qu’il est l’heure d’aller rejoindre le spot de tortues. C’est reparti, masque, tuba, on plonge et on cherche ces majestueux reptiles. Ce sera notre dernier arrêt avant de mettre pied à terre au port animé de Labuan-Bajo, sur l’île de Flores, pour de nouvelles aventures. Merci Rio, merci Seb et Kelly, merci Yohan, merci Véro, Laurent et Loris, et merci Capitaine !

Éloge de la lenteur à Turtle Bay
  1. Moi qui croyais avoir tout goûté avec le poulpe bouilli, je me rends compte que c’est rien à côté d’un…

  2. Le Laos vous propose des roches étonnantes pour grimper, je n’ai jamais vu ça. Par contre, jamais de la vie…

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