Bilan du premier mois de sabbatique

Après l’intensité des premières semaines en Indonésie, nous nous sommes installés pour une semaine à Labuan Bajo, sans programme, nos activités se dessinant au rythme de nos envies. En se levant le matin, on interrogeait GoogleMaps sur les choses à faire à proximité, et nous avons atterri dans des lieux touristiques, certes, mais aussi dans des lieux impromptus, dans des lieux où les locaux riaient de nous voir nous aventurer en scooter dans de petits chemins d’un pied de large, nous perdant parfois, pour mon plus grand bonheur. L’authentique-insolite, c’est ce que je préfère, et grâce à Mathis, qui manie maintenant le scooter comme un prolongement de son corps, on peut se faufiler presque partout!

Cette semaine de « pause » a aussi été l’occasion de regarder un peu en arrière et de s’accorder un petit bilan, avachis sur la plage, ou perchés sur la plateforme d’un petit café, vue plongeante sur la mer. En voici, en vrac, quelques conclusions.

D’abord, il faut le dire, faire nos sacs depuis le Québec n’a pas été chose aisée. Qu’est-ce qu’on apporte quand on part pour un an visiter des pays aux climats variés, s’adonner à diverses activités, voyageant principalement en transports en commun ? Alors forcément une des premières questions qui vient à l’esprit à l’heure du bilan, c’est : est-ce qu’on a pris tout et uniquement ce dont on avait besoin? Je me moquais de Mathis qui, en bon grimpeur, voulait assurer une redondance pour plusieurs items de voyage, notamment la crème solaire. Sur ce coup là, je dois avouer qu’il avait vu juste : en un mois on en a utilisé presque un pot entier. En apotek (pharmacie), ça coûte plusieurs centaines de milliers de roupies, j’espère que notre deuxième pot tiendra jusqu’à en trouver un abordable! En tout cas, pas certaine que les indonésiens en soient de grands consommateurs. Par contre, Mathis avait pris une seule casquette et il lui a fallu moins d’une semaine pour la perdre. Il faut dire qu’on n’a vu que 2 fois trois gouttes de pluie depuis qu’on est arrivés, et qu’il est parfois difficile de trouver de l’ombre. Entre ma peau de blonde vénitienne et le nez de Mathis, on fait attention. À date j’ai juste oublié mes mains en allant me baigner : elles sont écarlates. Mais bon, on ne va pas se plaindre d’avoir beau tous les jours!

Du coup, on n’a pas non plus vraiment utilisé nos manteaux de pluie (sauf une fois, au Rinjani). Et comme on se balade presque exclusivement en maillot de bain, on pourrait dire qu’on a pris trop de pantalons, trop de chandails, trop de t-shirts, trop de sous-vêtements. On a fait 2 lessives depuis le début du voyage, une à Lombok après le Rinjani et une à Labuan Bajo, sans compter quelques morceaux lavés à la main, sous la douche. Les douches sont d’ailleurs des lieux quelque peu dépaysants : d’abord, elles sont froides depuis 1 mois, mais comme il fait chaud, ça nous va. Même si, quand on vous lit nous parler de canicule au Québec et en France, on se dit qu’on n’est pas pire ici. Aussi, les douches sont presque toujours dans la même pièce que les toilettes et il est presque impossible de ne pas asperger la cuvette en se lavant. Ça explique peut-être en partie pourquoi il n’y a jamais de PQ, mais plutôt une douchette pour se rincer l’entre-jambes. Finalement, il est généralement requis de retirer ses souliers avant d’entrer dans cette pièce dont le sol est constamment mouillé du fait qu’on flushe à l’aide d’une tasse remplie dans une grande bassine d’eau. Entre les toilettes et les baignades quasi-quotidiennes, j’apprends à accepter d’avoir toujours la bobette et les pieds mouillés.

Bref. La suite du voyage nous dira si on a été coquets sur le linge. Quoique, en à peine un mois on a un peu fondu et nos pantalons anti-moustiques, par ailleurs très utiles en début de soirée, ont déjà un tour de taille de trop : il va falloir trouver des ceintures! Est-ce que c’est dû à notre nouveau mode de vie nomade et actif? Certainement en partie, parce qu’on a la bougeotte et une soif de découvrir qui nous motive à nous lever tôt chaque jour! Ce premier mois, on avait tout réservé, les transports, les hébergements, les activités, dans l’optique d’avoir un mois de décompression suite aux dernières semaines intenses à Montréal. Et on a bien fait! Le plus dur avait été de faire des choix en amont, parce que l’Indonésie est vaste et qu’il y a tellement de choses à faire! C’est un défi d’accepter qu’on ne fera pas tout, qu’on ne verra pas tout, et qu’on va « manquer » des lieux. Quand on voyage aussi loin, on se dit tant qu’à être là… mais le risque est de ne pas pouvoir tenir le rythme. Je réalise que ce à quoi internet nous donne accès en amont, ce sont les lieux prisés par les touristes, mais qu’il y a plein de petites pépites qui se révèlent à nous au fur et à mesure et souvent au détour d’un chemin. Et ça, notre rythme nous le permet, parce que la plupart du temps, on reste entre 4 et 6 jours au même logement et on rayonne autour. Dans notre planification, on avait laissé des jours sans rien pour se permettre d’improviser. Et ça marche!

Cela dit, notre amaigrissement est sûrement dû aussi à la nourriture, un autre aspect quelque peu dépaysant de l’Indonésie! Il faut savoir que la base de la nourriture, c’est le riz, et que pour accompagner un riz blanc, ils aiment bien les protéines frites, et de préférence dans de la panure (poulet frit, poisson frit, crevettes frites, tofu frit, omelette frite). La nourriture de rue est très courante, on en trouve absolument partout, et dans ces petits Warung (shop), comme on ne comprend pas toujours le menu et Google Translate non plus, on a fait des essais culinaires. On a mangé des brochettes de peau de poulet semi-grillées, du tofu un peu trop fermenté, de la purée de manioc bouilli au sucre, des bonbons gluants au riz cramé, et j’en passe. Malgré tout ça, nos intestins tiennent le coup, c’est notre cœur parfois qui ne veut plus rien avaler, alors on se rabat sur les fruits exotiques frais. Et à force d’essai-erreurs, notre instinct de survie nous fait retenir quelques essentiels : nasi c’est le riz, ayam le poulet, ikan le poisson et spicy, ça c’est international, et ça vient toujours avec un éclat de rire quand on demande « no spicy ».

Les indonésiens qu’on a rencontré rient facilement et sont très souriants. Ils sont toujours prêts à aider, et je retrouve avec eux la spontanéité qui me manquait tant dans la frénésie de la vie montréalaise. Parfois, par hasard, on croise les chemin d’une personne qui ne semble pas très occupée, et qui, généreusement, nous accompagne pour nous montrer le chemin, nous suggérer un restaurant ou une activité. Ils semblent avoir le temps, ou du moins le prendre (même si parfois c’est pour nous accompagner dans une balade et nous faire payer le service). Il n’est pas rare de voir des gens regroupés à toute heure, des gens faisant la sieste dans des hamacs aux heures les plus chaudes de la journée. On prend exemple sur eux, pour preuve, à nous deux on a déjà avalé 8 livres (merci Damien et Élo pour la liseuse)! Mais les interactions avec la population vont rarement très loin, comme ils ne parlent pas bien anglais et nous très mal indonésien, on n’arrive pas à avoir des explications sur les lieux, les évènements, l’histoire, les modes de vie, et ça c’est un peu frustrant quand on veut voyager autrement. Une autre chose frustrante avec les relations humaines, c’est le comportement de certains de nos congénères touristes. Déjà, on trouve difficile de constater la quantité de déchets qui jonchent rues, plages et ruisseaux. Ces déchets proviennent de la main des locaux mais aussi des touristes, comme si les valeurs inculquées dans nos pays s’envolaient en même temps que les tracas quotidiens, les interdictions, les sanctions, sous prétexte qu’on est en vacances. À Kuta sur Lombok, on a même vu des panneaux implorant, par respect, le port du bikini exclusivement sur la plage. Dans un pays à majorité musulmane, ça ne nous a pas empêché de voir une femme en string sur un scooter en pleine ville. Parfois, on a honte.

Et pour la suite du voyage, on a bien hâte d’ouvrir le sac de 20 kg de matériel d’escalade, qu’on traîne d’île en île, on espère se rapprocher d’une communauté de grimpeurs avec lesquels on pourra peut-être communiquer. Pour l’instant, notre stock n’est pas trop dérangeant. À Nusa Penida et à Labuan Bajo, le sac est resté à notre hébergement, demandant quand même un aller-retour supplémentaire pour les transits. Les indonésiens nous trouveraient petits joueurs, eux qui sont parfois à 5 sur un scooter, qui transportent poubelles, bidons d’eau, autre scooter, matelas, plywood! Sur Lombok, c’est le loueur de scooter qui nous avait gardé le sac pendant 10 jours : on apprend à lâcher-prise, à arrêter de se méfier. À Java, on a déjà placé quelques falaises sur notre itinéraire, c’est qu’on commence à avoir des fourmis dans les doigts, nous! Mais bon c’est bien, ça m’a permis de découvrir le monde sous le niveau de la mer, moi qui suis souvent perchée! C’est un monde fascinant, une activité contemplative, qui procure une sensation d’apesanteur. J’ai fait deux plongées avec des bouteilles mais comme, depuis, mon oreille n’a toujours pas retrouvé sa pleine capacité, je me contente pour l’instant du snorkeling (palmes, masque et tuba).

Cette oreille droite nous a donné une occasion de visiter des cliniques médicales à Kuta (Lombok), parce que l’hôpital de Nusa Penida ne nous avait pas suffi. Maintenant que plusieurs semaines se sont passées, on peut vous l’avouer : au jour 2 en Indonésie, on a eu un accident de scooter… une route très étroite et très pentue, pognée entre la falaise et le ravin, on montait et deux autos descendaient. On vous a déjà dit que le plus gros véhicule avait la priorité… Je ne sais plus trop comment ça s’est passé, juste que j’ai vu le ravin de très près avant que Mathis donne un grand coup de guidon à gauche, que le scooter s’est cabré, me faisant glisser en arrière et atterrir, par miracle, sur mes pieds, pour voir Mathis, en Wheelie dans la montée, foncer dans la falaise et faire une culbute sous l’engin. J’ai eu tellement peur! Un local nous a aidé à dégager la route pour que les autos puissent passer, et à remettre le scooter sur ses roues. Le lendemain matin, Mathis avait tellement mal aux côtes qu’on a préféré aller vérifier que rien n’était cassé ou fêlé, surtout qu’on avait deux plongées prévues le lendemain. Première expérience de l’hôpital indonésien : 2 minutes d’attente pour voir un médecin, 30$ pour une consultation et une radio et surtout une bonne nouvelle, le Couchaux est en un seul morceau! Et depuis, il est devenu un conducteur aguerri avec plusieurs heures de conduite sous la casquette (la nouvelle qu’il s’est achetée ici), il conduit presque comme un local, mais toujours prudemment, c’est promis, s’arrêtant aux feux rouges même si, apparemment, c’est optionnel ici.

Deuxième expérience du système médical indonésien à Lombok, disais-je, et quelle expérience folklorique pour une oreille bouchée : dans la première clinique, on m’a inspecté l’oreille avec une lampe de cellulaire avant de m’annoncer qu’on n’avait pas l’instrument pour voir plus loin et de me diriger vers une seconde clinique où je me suis fait rincer les oreilles dans la salle d’attente avant que le médecin et son assistant m’insèrent une petite caméra dans mon oreille et m’en montrent l’infection sur un téléphone cellulaire (toujours dans la salle d’attente)! On me prescrit des antibiotiques pour 5 jours et roule ma poule! Là encore on fait confiance, parce qu’on comprend pas toujours tout!

Mais ce n’est pas ça qu’on retiendra de notre premier mois. On gardera plutôt en mémoire la magie de ce qu’on voit quand on a la tête sous l’eau. J’ai vu des milliers de coraux durs et mous, dans tous les cas bien vivants, j’ai vu des poissons de toutes les couleurs, seuls ou en bancs, des requins pointe noire, deux requin-baleines, des tortues, et surtout, l’animal fétiche de Mathis, celui qu’il a gravé dans le dos : des raies manta. C’était magique. On venait de dériver le long de la berge, regardant défiler les coraux au rythme du courant, quand est apparu un immense animal qui ressemble à un oiseau. C’est grand une raie manta. Et c’est tellement gracieux qu’on dirait qu’elle danse, qu’elle virevolte. Maintenant, je connais un peu mieux mon chéri. C’est ça aussi le voyage. Ça fait un mois qu’on est constamment ensemble et on est toujours aussi bien. On continue, en se souvenant quand même d’une chose : c’est que les plans peuvent changer à tout moment. Un volcan entre en éruption et tous les vols sont annulés pour plusieurs jours, un pont cède et la montagne est fermée pour un mois, on booke un hébergement et il n’y a plus de chambre disponible quand on arrive, certaines tensions se ravivent et les pays qu’on avait dans notre ligne de mire se font la guerre. Mais c’est ça qui fait la magie du voyage au long cours! Ce soir, dans notre petit logement à côté de l’aéroport de Labuan Bajo, on projette d’aller visiter Java. Qui sait où le vent nous mènera?

En route pour Java!
  1. Le Laos vous propose des roches étonnantes pour grimper, je n’ai jamais vu ça. Par contre, jamais de la vie…

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