Rustique-chic & insolite-authentique

Nous voilà à plus de 2 mois de voyage et, hormis toutes les expériences qu’on a pu rajouter dans nos boîtes à souvenirs, on apprend aussi un peu plus à se connaître Noémie et moi. On dit que les voyages forment la jeunesse, mais on oublie de dire qu’ils forment, voir parfois déforment, aussi les couples! H-24, 7j/7 pendant plusieurs mois de voyage, ça amène ailleurs! Que ce soit au niveau de l’intimité (oui oui, on pense à toi Mme Tourista), des échanges d’expériences, de la confiance en l’autre, de la patience et du lâcher-prise, tout est poussé plus loin.

Certes il y a les petits ajustements de rythme du début : parfois quand l’un se réveille débordant d’énergie et prêt pour les aventures du jour alors que l’autre prendrait ça plus relax. Ou alors l’équilibrage des envies : par exemple quand Noémie est tannée de la plage et a envie de voir autre chose alors que moi je resterai bien toute la semaine pour continuer mon apprentissage de surf, chiller et profiter de la « vibe » de l’endroit. 

Naturellement on ne peut pas avoir exactement les mêmes envies aux mêmes moments pendant les mêmes durées! Donc on se parle beaucoup de nos souhaits, on fait des concessions et on s’arrange pour équilibrer le tout pour que ça ne soit pas unilatéral ou débalancé.

Et on apprend aussi des rencontres faites en chemin! Par exemple, nous avons rencontré au sud de Lombok un couple de jeunes français qui voyagent eux aussi pendant plus d’une année. Au bout de quelques mois, ils se sont aperçus qu’ils vivaient tout le temps la même chose et qu’ils en avaient marre de juste se faire des récapitulatifs de ce qu’ils ont aimé et moins aimé. Alors ils ont décidé de vivre pendant quelques semaines des aventures chacun de leur côté. Elle avait envie de faire du bateau-stop, lui avait envie de faire le tour d’une immense île à moto : alors hop, ils se sont donné de l’espace l’un et l’autre et ont vécu leurs envies chacun dans leur coin. Cela leur permet de se manquer et de vivre tout un tas d’aventures inédites qu’ils peuvent ensuite se partager et dont ils s’enrichissent l’un et l’autre. Ce n’est pas tout le monde qui aimerait ce style de voyage bien sûr, mais ça élargit l’horizon des possibles. 

De notre côté nous ne sentons pas pour l’instant ce besoin. Par contre, assez rapidement nous nous sommes aperçu qu’on a des préférences parfois différentes, notamment pour certains styles d’environnements et d’ambiance. C’est ainsi que Noémie m’a fait remarquer que j’aimais beaucoup le style qu’elle a intitulé… 

Le rustique-chic de Mathis : 

Un mélange de beauté associé à des expériences simples. L’exemple parfait a été notre (trop court) séjour sur Gili Air dans le nord-ouest de Lombok. C’est une petite île très rustique où il n’y a aucune voiture ni route, juste des ruelles; aucun scooter à part des petits 2 roues électriques; aucun gros hôtel, juste des petites pensions; rien d’extravagant mais tout était très beau, les jardins bien entretenus, les fleurs et l’artisanat local mis de l’avant, les cabanons de bambous bien tressés et entretenus, des bonnes odeurs et beaucoup de goût.

Ici pas de petit warung (sorte de petit shop/stand à nourriture typiquement indonésien) construit vite fait avec 4 tôles métalliques attachées ensemble on ne sait trop comment, et qui résiste à la pluie grâce à une grosse bâche bleue posée par dessus qui s’envole au moindre coup de vent.

À la place ce sont plutôt des gros bambous serrés ensemble et érigés pour faire une belle structure, chaque poteau étant relié l’un à l’autre par de belles lattes, toujours faites de bambous, et le tout recouvert par un beau toit en chaume, en feuilles de bananiers tassées ou en mottes d’herbes séchées. La nourriture est variée et n’est pas seulement constituée de riz frit ou de nouilles instantanées. Les plats sont décorés de fleurs d’hibiscus ou de tipaniers. Bref : il y a une attention au goût, à la beauté et aux petits détails qui ravissent les yeux, le palais et les narines. Noémie trouve que le tout fait trop faux, trop touristique, manque d’authenticité et n’est pas assez local. J’argumente qu’au contraire, c’est une maîtrise des produits et savoirs-faire locaux qui sont mis de l’avant de manière à les sublimer. 

Noémie nomme que ces endroits ont tendance à être principalement fréquentés de touristes étrangers et, sur ce point, je suis malheureusement obligé d’être d’accord avec elle. Par contre elle me rejoint pour dire que cela fait vraiment du bien aux sens et au mental, surtout après les expériences beaucoup plus locales et rudimentaires que nous faisons souvent durant notre voyage.

Ça se ressent d’ailleurs dans les photos qu’on prend, constatez vous-même avec les photos de Gili Air prises par Noémie :

Ma moitié d’orange, elle, a une prédilection pour ce que j’ai nommé…

L’insolite-authentique de Noémie :

C’est ce qui constitue pour elle l’essence même du voyage, ce qui forme les plus beaux souvenirs : vivre une expérience locale et brute, si possible avec des locaux, loin du flafla touristique, le tout avec une bonne dose d’aventure.

Et son petit ingrédient secret : découvrir le tout suite à une conversation impromptue avec quelqu’un qui nous indique un lieu inconnu; ou alors tomber par hasard sur un lieu surprenant au détour d’un chemin qu’on n’aurait jamais emprunté si on ne prenait pas le temps de se perdre. C’est comme cela qu’on s’est d’ailleurs retrouvé sur l’une des plus belles plages que j’ai vu de ma vie à proximité de Pacitan sur l’île de Java : Noémie choisit sur google map un lieu qui a l’air chouette, loin de la civilisation. On se perd car la firme de la Silicon Valley nous amène dans un chemin boueux impraticable en scooter. C’est alors que, en demandant notre chemin dans un pseudo magasin miteux, nous rencontrons une dame ne parlant pas un mot d’anglais, mais qui interpelle vivement deux enfants rentrant de l’école sur leur deux roues pour « emmener les touristes à la plage ». Ni une, ni deux, nous voilà à suivre les bambins sur des routes montagneuses tout autant défoncées que reculées, à prendre des raccourcis et des descentes complètement improbables et arriver sur une plage où la mer se déchaîne avec des vagues de plusieurs mètres. Nous n’avons même pas le temps de poser le pied à terre qu’une mamie dans un warung pas loin nous fait vigoureusement signe de venir la voir. Nous pensons que nous allons devoir payer des droits d’accès ou de stationnement comme souvent mais que nenni! La vieille dame, qui ne parle pas anglais non plus, nous montre deux sièges et nous invite à nous asseoir, avant de disparaître prestamment à l’arrière du cabanon. Deux minutes plus tard, sous nos regards curieux, la voilà de retour avec une énorme assiette contenant une purée beige-jaunâtre chaude d’un aliment inconnu. Elle saupoudre le tout de sucre de canne et nous sert le plat toute souriante et fière de nous offrir le résultat de son dur labeur. Refuser ne semblant pas être une option, nous goûtons et je reconnais rapidement le goût et la texture du manioc. C’est simple, c’est réconfortant et ça bourre pour le reste de l’après-midi! Heureux de cette joyeuse rencontre, nous souhaitons lui donner de l’argent pour ce plat mais impossible, ça c’est cadeau! Donc nous lui achetons quelques collations pour la remercier à notre manière puis nous dirigeons vers la plage. Après quelques minutes de marche pour nous éloigner du « stationnement », nous tombons sur une plage d’un sable incroyablement blanc, immaculée de toutes traces de pas et bordée de beaux cocotiers. C’est « pépite » comme dirait une collègue à moi! Et pour quelqu’un qui a vécu 16 ans en Polynésie Française, je peux vous dire que ce n’est pas rien car je suis difficile en plages paradisiaques!

Fort heureusement, malgré nos préférences divergentes, nous aimons aussi celles de l’autre et nous nous épanouissons de toutes ces expériences aussi diverses que variées. C’est ainsi que nous alternons rustique-chic et insolite-authentique avec grand plaisir, tout en se taquinant au passage pour notre goût plus marqué pour l’un ou l’autre!

Et vous? Quel genre d’expérience préférez-vous?

  1. Moi qui croyais avoir tout goûté avec le poulpe bouilli, je me rends compte que c’est rien à côté d’un…

  2. Le Laos vous propose des roches étonnantes pour grimper, je n’ai jamais vu ça. Par contre, jamais de la vie…

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