Donc après deux premières semaines vraiment décevantes en Malaisie, nous avons enfin trouvé un petit coin de paradis : Perlis.
On the Crag again à Perlis :
Et à ce moment nous avons repris espoir pour le reste de notre séjour. Perlis est un peu hors du temps. Beaucoup de verdure, pas de gratte-ciel, un rythme plus lent, la nature au naturel et non pas juste des spots préfabriqués « instagrammables ».
Les parois de la région sont de sacrés mogothes de calcaire vieux de plus de 200 millions d’années! Les cavités et les grottes qui les composent sont aussi impressionnantes qu’excitantes. Chaque Bukit (mogothe ou colline) recèle de secrets que les locaux et scientifiques découvrent encore aujourd’hui! Des espèces rares de plantes, de champignons et d’animaux sont étudiées, de vieux fossiles et restes humains chamboulent l’histoire de toute la Malaisie, et de vieilles échelles en bois construites et maintenues on ne sait comment à flanc de certaines falaises révèlent que la collecte du guano (fiantes de chauve-souris) remonte aussi loin que le 19ème siècle, voir plus loin encore. C’est incroyable de voir ces échelles rudimentaires sur des parois de 300m et de penser qu’ils montaient et installaient ça sans le matériel de sécurité que l’on connaît en escalade aujourd’hui.
Vous l’aurez compris, on est tout de suite tombé en amour avec la région et on a décidé d’y passer deux semaines pour explorer 3 sites exceptionnels et vivre des aventures magiques!
Perlis – Bukit Keteri
À peine arrivé après 4h de route qu’on était déjà au pied de la falaise à admirer la paroi de Bukit Keteri. Les formes variées de la roche, les types diversifiés de grimpe, les nombreuses textures du calcaire, le nombre élevé de voies, les difficultés pour tous les goûts, les longueurs courtes et longues, les multi-longueurs de 50 à 180m, les zones ombragées ou ensoleillées en fonction de l’heure de la journée, la grimpe directement dans les grottes lorsqu’il pleut… tout ça en fait une paroi de rêve pour tout grimpeur débutant, intermédiaire ou avancé.
Et en parlant de grotte, que dire de cette immense caverne de plus de 50m de haut, remplie de fiantes de chauve-souris et d’éboulis, à laquelle nous avons accès grâce à des échelles et cordages installés sur le mur principal et que nous devons traverser à la frontale afin de rejoindre un autre pan de mur aux voies excitantes (Robot Wall), le tout révélant au passage un superbe paysage de l’autre côté de la vallée?
Une bonne partie des voies du mur principal (mur ouest) ont été ouvertes par une équipe d’ouvreurs de Mammut et Camp5 en 2007 et on peut vous dire qu’ils ont fait une sacrée belle job! Vous trouverez un reportage de leur épopée ici :
Depuis les locaux continuent d’ouvrir des lignes magnifiques tout en conservant les hauts standards de qualité et d’éthique. Fait intéressant : le prince de Perlis et sa femme ont été les premiers à grimper à Bukit Keteri et depuis ils participent à la conservation de ce site d’exception.
Association »Perlis Climbing Development and Progress » et Amirul
On ne peut pas continuer cet article sans mentionner l’association Perlis Climbing Development and Progress, ou Perlis Climbers comme ils aiment se dénommer. Amirul, son co-fondateur, nous a dès le début accueilli chez lui lorsqu’on l’a contacté. Amirul, c’est tout un personnage. Au début il était plutôt très secret, comme s’il nous observait pour voir quel genre de voyageur et de grimpeurs nous étions. Peu à peu il a compris que nous n’étions pas juste là pour profiter des parois et de son hospitalité, mais que nous souhaitions aussi découvrir sa culture, l’histoire de la région et de l’escalade dans un lieu avec autant de potentiel et en même temps aussi fragile et menacé. Alors, au fil de nos questions, il s’est ouvert, nous offrant tranquillement un accès de plus en plus privilégié à son histoire personnelle et à celle de ce territoire qu’il chérit tant. Il nous a fait découvrir des endroits magnifiques et toutes les informations que je vous transmet dans cet article sont le résultat des nombreuses soirées passées ensemble où il a été généreux de son temps pour jaser malgré ses journées de travail et son statut de père de famille.
On peut vous dire qu’Amirul et toutes les personnes de son association travaillent fort pour préserver la richesse de leur patrimoine et continuer de développer les attraits nature de la région. Ils ouvrent de nouvelles voies certes, mais ils sont aussi et surtout en première ligne pour sauver les mogothes des intérêts miniers destructeurs. Ils aident aussi les scientifiques à étudier ces écosystèmes sensibles et menacés en les guidant et en assurant leur sécurité dans les multiples grottes, cavernes et nombreux passages sous-terrains qu’ils découvrent durant leurs explorations. Lors de notre court séjour, nous avons pu voir et entendre les ravages des industriels qui font exploser les montagnes à coup de dynamite pour alimenter, entre autres, les industries du ciment, du béton, du marbre et de l’étain. Nous avons été si touchés par leur combat, que nous avons décidé de leur faire un don de 40 plaquettes pour les aider à continuer d’ouvrir des lignes dans la région. Car plus des voies d’escalade y sont ouvertes, mieux ces vieux sages rocheux sont préservés. En guise de reconnaissance et de remerciement, Amirul nous a même invités à ouvrir nous même deux voies au complet et nous a enseigné de nombreux secrets de cet art. Mais ce point fera l’objet d’un autre article ;-)
Durant notre séjour chez Amirul, nous avons aussi pu nous rendre compte que chez lui c’est une vraie auberge espagnole! Des grimpeurs et grimpeuses locaux et étrangers viennent y séjourner dans le partage et la bonne humeur. C’est ainsi que nous avons rencontré Amir, un collègue et ami d’Amirul très gentil et attentionné puis un couple formidable d’Anglais, Netty et Dave, les « Climbing Backpackers » pour les intimes. Ces deux grimpeurs chevronnés voyagent depuis plus de deux ans en Asie du sud-est avec un mini budget de 50$CAD (35 euros) par jour… Soit moitié moins que nous! Ils sont crinqués et nous nous sommes tout de suite bien entendu! Nous avons aussi fait la connaissance de Mukri et de Farnih, deux Malaisiens discrets mais récemment devenus accros à l’escalade. Nous avons ainsi pu apprécier de nombreux moments avec tous ces êtres humains où la bonne humeur et les rires étaient toujours au rendez-vous.

En résumé, Bukit Keteri constitue à lui seul une raison suffisante pour un voyage d’escalade en Malaisie, allant jusqu’à en faire pâlir certains sites de renommée mondiale. Mais c’est aussi tout ce qui gravite autour qui nous a touché et ému. Nos doigts, nos corps tout entiers et notre matériel ont souffert, nous avons transpiré notre vie, avons sali nos vêtements au delà du nettoyable, nous avons vécu toute une gamme d’émotions, avons pleuré de souffrance mais aussi de joie, nous avons dû couper notre corde, Noémie a troué ses deux souliers d’escalade, nous avons progressé en tant que grimpeurs mais surtout en tant qu’êtres humains. Et lorsque l’heure du départ est arrivée, c’est comme si nous quittions une famille que nous n’allions pas revoir de si tôt… Ces expériences resteront gravées dans nos cœurs, merci encore pour tout Amirul et les Perlis Climbers!
Perlis – Bukit Jernih :
Un autre mogoth vraiment impressionnant est Bukit Jernih. Avant d’arriver, nous longeons en voiture une falaise hallucinante et décelons de vieilles échelles pour la collecte de guano. Rien qu’en voyant ça, on a l’estomac dans les talons. Mais l’escalade se pratique ailleurs, sur des pans de mur bien moins hauts. On arrive dans un petit parc traversé d’une rivière où les locaux viennent pic-niquer et se baigner. L’ambiance est festive, les cris des enfants sont joyeux et les rires sont nombreux. Une randonnée apparement costaud avec cordes et échelles à passer amène même au sommet pour les plus téméraires. La récompense est un magnifique point de vue.
Les parois sont dans un lieu caverneux et les défis, tout comme les niveaux, y sont variés. Une voie en particulier a retenu mon attention dès notre arrivée : une cheminée de niveau 5.10d (6b+) où la moitié de la voie se fait à la frontale dans une obscurité totale. Hyper intimidant! Par faute de temps, je n’ai pu l’essayer, mais elle fait pour sûr partie de mes projets lors de notre prochain passage à Perlis!
Perlis – Gua Kelam :
Gua Kelam est un autre parc où les locaux viennent profiter de la nature et des tables de pic-nique aux abords d’une rivière. Les parois sont réparties en 6 sections, de A à F, mais seulement trois valent vraiment la peine pour l’instant. Les zones A et B contiennent de courtes voies de 15m maximum de niveau débutant à intermédiaire. Une nouvelle section est en développement à droite de la section B. Vu qu’on préfère les longues voies, ces deux secteurs n’ont pas été nos préférés mais restent agréables pour se chauffer un peu.
Donc direction la section E, petite gemme de Gua Kelam. S’y rendre est en soi une belle petite aventure! Il faut d’abord traverser une magnifique caverne en tunnel de 400m de long où l’on marche sur de massives structures de bois au dessus de l’eau qui ruisselle. Pendant la traversée, on a la chance de voir des familles de chauve-souris se pavanant la tête à l’envers, mais aussi de magnifiques structures minérales qui sont le résultat de million d’années d’écoulement et de réaction chimiques. L’éclairage est… comment dire… particulier! Voyez par vous même!
Une fois sortie du tunnel, il faut emprunter un vieil escalier de béton délabré sur la droite menant on ne sait où mais qui est fermé par des rubans en interdisant l’accès… Ayant eu l’autorisation d’Amirul, on s’introduit donc malgré tout sur les marches bien maganées. La prochaine étape consiste à trouver l’endroit exact où il faut quitter l’escalier pour s’enfoncer dans la forêt. Un vrai jeu de piste! Après plusieurs tentatives, nous voilà au pied d’un immense mur blanc déversant haut de près de 100m. On se sent tout, tout petit! Plusieurs énormes formations de tufas qui en imposent font tout de suite monter l’excitation et donnent ses lettres de noblesse à cet endroit enchanteur. Car l’escalade ici est technique, délicate, engagée et exposée. Un pur plaisir pour les yeux, les doigts et les pieds!
On the Crag Again à Ipoh – Lost World of Tambun :
Aaaaah, The Lost World of Tambun… Une autre aventure incroyable rendue possible grâce à Amirul. Cet endroit se situe à 4h de route au sud de Perlis, dans la région d’Ipoh (là où les miniers décapitent les montagnes). Nous avions vu le site lors de nos recherches mais nous nous étions arrêté au fait que l’escalade se situe… en plein cœur d’un immense parc d’attractions avec manèges et jeux d’eau!!! Oui oui, vous avez bien lu! Amoureux des sites naturels, nous avions donc passé notre chemin surtout qu’il fallait payer l’accès au parc au complet pour pouvoir grimper.
Sauf qu’Amirul nous est arrivé un jour avec une surprise : des pass gratuits pour 2 jours complets au parc pour Noémie et moi, Netty et Dave, Amirul, Mukri et Farnih
Nous voici donc parti, à cinq dans notre petite auto blindée de bagages et d’affaires d’escalade + 2 en scooter à la conquête des parois de Lost World of Tambun. Une vraie colonie de vacances! Après une creuvaison en auto sur l’autoroute à 20 minutes de l’arrivée sous le poids de nos baggages, nous avons pu prendre une bonne nuit de repos dans un appartement au complet qu’on avait loué tous ensemble.

Dès le lendemain, on peut dire qu’on a eu un traitement méga VIP au parc :
– Petite voiturette privée venant nous chercher au stationnement et utilisant les accès réservés au employés.
– Accès au parc le mardi alors qu’il est normalement complètement fermé au public pour nettoyage et entretien des espaces.
– Accès gratuit à toutes les infrastructures : tyrolienne, nombreuses glissades d’eau, nombreux bains chauds, jets d’eau et cascade pour les massages, plage à vagues artificielles, plus long parcours en bouée sur une rivière artificielle en Asie du sud-est, accès aux show, et on a même découvert que le parc faisait aussi zoo avec de nombreux animaux locaux et exotiques (pas que ça soit notre chose préférée de voir des animaux en cage…).
– Un personnel aux petits oignons qui faisait tout pour qu’on ai une superbe expérience pendant les 2 jours.
L’escalade se déroule sur 5 sites principaux, notamment sur une aiguille incroyable dont on se demande comment elle tient encore en place. Les voies sont diversifiées et vraiment le fun. Tous les niveaux de grimpeurs y trouvent leur compte, jusqu’aux semi-pro et professionnels qui y trouveront des voies jusqu’au 5.14b (8c+)!
C’est aussi là où je suis devenu célèbre malgré moi sur Tiktok au Bangladesh grâce à un employé qui a fait un montage vidéo d’une de mes danses endiablées… et l’a partagé sur les réseaux de son pays d’origine… Je vous laisse juger par vous même!
C’est ainsi que se terminent nos aventures en Malaisie. Nous-en sommes vraiment réparti des étoiles pleins les yeux et des papillons plein le ventre.



































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