Il aura fallu presque 6h de bus pour arriver à Chiang Mai depuis Sukhothaï et, après négociation, nous avons embarqué dans le tuktuk de Nice, pour se rendre à Mae On, à 45 minutes en dehors de la ville. Nous avions trouvé un logement à proximité du site d’escalade de Crazy Horse Buttress, où il y avait de la grimpe à gogo! On était un peu excentrés de la ville, mais nous avons trouvé tout ce dont nous avions besoin à proximité : 100m à gauche, le 7/eleven pour nos en-cas de la journée ; en face, de l’autre bord de la route, le marché du soir avec cette femme qui nous faisait des prix sur ses salades, et la buanderie pour une bonne lessive ; à mi-chemin vers le site de grimpe, la Climbers Home, où Pon est devenue notre cheffe cuisinière des petits-déjeuners et nous a même loué un scooter pour aller visiter la ville nos jours de repos. Enfin, à 30 minutes à pieds, assez pour un bon échauffement, le site d’escalade, avec plusieurs secteurs offrant une escalade variée mais toujours plaisante.

Crazy Horse Buttress, c’est un site populaire, tant pour les grimpeurs que les randonneurs. Comparativement à Lop Buri, on voit que le site est fréquenté, les chemins bien entretenus, on a moins une impression de jungle. Certaines journées, on était content d’être entourés d’autres grimpeurs! Le calcaire offre des textures diversifiées, des grimpes sur de la roche aiguisée qui adhère sans se poser de questions, des grimpes sur de la roche plus lisse et délicate, des murs en dalle, verticaux, en dévers, parfois les trois à la fois, pour des voies trois étoiles. Des bacs, des réglettes, des pinces, des tufas, bref du bonheur pour tous les niveaux.

Avant de découvrir cette paroi, nous avons été toquer à la porte de la Climbers Home, pour voir de quoi ça avait l’air, et boire un café. Pon, la propriétaire, nous adopte tout de suite. Elle a ouvert son hébergement il y a quelques années, et depuis elle développe ses nouvelles idées, pour attirer les grimpeurs de la région. Elle a 4 logements, une belle collection de vélos tellement neufs que certains sont encore dans leurs emballages, elle a un topo d’escalade en Thaïlande tout moisi et qui date de 2007, elle vient d’ouvrir un café qui pour l’instant n’a pas de menu, et elle nous offre de nous cuisiner des repas à la carte, pour une bouchée de pain. Dans les prochains jours, on s’arrêtera chez elle souvent, prendre des forces avant d’aller grimper, ou se délecter de ses petits plats après les efforts de la journée. On découvre chez elle le smoothie avocat-lait-lait condensé sucré qui est délicieux.

Ensuite, on se met en marche vers le secteur Anxiety Crisis State Cave. Du stationnement, on monte quelques marches, et encore quelques unes et on arrive à l’entrée d’une immense grotte qu’il faut traverser, jusqu’au fond. Il y fait très humide, mais nous serons à l’abri du temps menaçant. Les grottes, c’est pas mon endroit préféré pour grimper, les murs sont souvent poisseux, poussiéreux. Mathis, lui, en prendrait plus. On fait des compromis, surtout les jours de pluie. Après une petite voie de chauffe avortée à la deuxième dégaine pour cause de gluanteur, on s’embarque dans un multipitch en 5c-6a (5.9-5.10a). On s’en va toucher le plafond de la grotte, passer dans un petit trou tout là haut pour admirer le paysage… sous une pluie torrentielle. Plus on s’élève plus l’espace est exigu, on regarde derrière nous et on voit des plaquettes partout, tous les coins et recoins de la grotte semblent être grimpables, même si parfois on ne comprend pas comment on accède à certaines voies.
La deuxième journée, on a la météo de notre côté. On se met en marche enthousiastes, vers le secteur Crazy Horse Area où plusieurs belles voies sur du calcaire diversifié nous attendent, dont deux multipitches de deux longueurs, ce qu’on préfère. On aime tellement ce secteur que le surlendemain, après une journée de pause à Chiang Mai dont Mathis vous parlera dans un autre article, on y retourne. Parce que oui, certaines journées on dépose nos muscles pour reprendre de plus belle. On a le temps de grimper les deux longueurs de Into the Sun, et Mathis de se dépasser dans une belle voie trop dure pour moi, et en milieu d’après midi on se fait surprendre par une belle pluie torrentielle. La saison humide tire à sa fin mais réserve encore quelques surprises. Cheminant rincés sur la route du retour, une femme slovaque dans un pick-up rouge flambant neuf nous propose un lift : on grimpe donc à l’arrière de son véhicule, à la pluie mais reconnaissants, à côté de son sac de golf.

Environ à la même heure le lendemain, on revivra cette douche d’après midi, alors qu’on venait d’arriver au secteur The Furnace, qui sera mon coup de coeur du jour suivant. Le secteur avait presque eu le temps de sécher dans la nuit, et ce 5ème jour de grimpe s’est fait sous le soleil. Pourtant, à force de se prendre des douches impromptues, ce matin avait été plus difficile sur la motivation. Arrivés au pied de la paroi, Mathis avait eu la bonne idée de nous mettre de la musique pour enjoliver notre échauffement, et ce petit détail a remonté notre énergie pour la journée de grimpe la plus productive de notre séjour. The Furnace, c’était un spot d’assurage à l’ombre, de la grimpe en délicatesse, sur une paroi orangée verticale : mon genre. Si tu fais de l’escalade, tu sais de quoi je parle.
Le 21 octobre, on offre à nos doigts une petite pause et on va aux sources chaudes, seule attraction à peu près touristique de la région. Ces sources chaudes étaient destinées à produire de l’électricité pour pallier à une crise du pétrole, mais leur vocation s’est finalement arrêtée au tourisme. On peut donc y prendre un bain de pieds en sirotant un thé glacé floral, y faire bouillir des œufs et, moyennant quelques thaï bahts supplémentaires, prendre un bain minéral dans une cabine privée suivi d’un massage. Malheureusement, mon expérience du massage m’a rendue frileuse pour la suite, la madame m’ayant détraqué le pied droit. Heureusement que je voyage avec un massothérapeute.
Les journées de pause nous font du bien, et font aussi ressortir notre bougeotte. C’est reparti pour deux jours de grimpe, d’abord au secteur Reunion Buttress. On voit multipitch sur le topo, forcément ça nous appelle. La première longueur sans grand intérêt commence dans une grotte et sort sur un beau plateau par un petit trou qui laisse filtrer la lumière du soleil. De ce plateau, on a trois beaux projets pour la journée. D’abord, une 5c (5.9) dans laquelle, confiante, je pars en lead. Cette ligne est belle, elle navigue dans un système de tuffas, entre soleil et ombre. Je grimpe, je suis bien, j’adore l’ascension, je clipe les dégaines les unes après les autres. Et puis à un tiers de la voie, je m’engage au-dessus de mon ancrage, pousse dans ma jambe gauche et me retrouve nez à nez avec un nid de frelons absolument énormes. Dans ces cas-là, on a toujours un moment de recul, un petit coup de stress, un sursaut. Cette fois-ci, je retiens mon souffle et dégrimpe, tremblante, jusqu’à mon dernier ancrage duquel, décue, je décide d’abandonner la voie. Mathis a rattrapé le coup en ouvrant deux superbes voies en 6a et 6b (5.10a et 5.10c).
Notre dernier jour de grimpe à Crazy Horse Buttress est un peu spécial : on a rendez-vous au Heart Wall, avec Stéphanie Maxwell. Américaine installée depuis 5 ans à Chiang Mai, elle a fondé le programme Remind, qui utilise l’escalade pour faire du coaching en santé mentale. On a eu vent de son initiative via les réseaux sociaux, on l’a rencontrée autour d’un verre de kombucha lors de notre première journée à Chiang Mai, et on la retrouve aujourd’hui pour une journée de grimpe et l’enregistrement d’un épisode de notre podcast Au-delà des cruxes, pour la saison 2. Il y a des gens parfois qu’on rencontre par hasard, et qu’on a l’impression de connaître depuis toujours, un courant qui passe tellement bien que c’est facile. Stéphanie est une personne comme ça. Rayonnante, douce, généreuse. Elle a mis sur pied des ateliers pour les enfants, des ateliers pour les femmes, des ateliers pour les personnes de 50 ans et plus, conjuguant escalade et santé mentale : tout ce qu’on aime. Son histoire et ses réflexions ont fait beaucoup écho aux défis sur lesquels je travaille en ce moment, dont je vous parlerai dans un prochain article. Il y a des rencontres qui tombent à point. Alors naturellement, en quittant Chiang Mai, on lui offre notre corde d’escalade de 60m qui peut encore servir, et le hasard veut que ce jour là, ce soit son anniversaire!

















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