La Thaïlande en 7 temples

La Thaïlande, c’est vraiment le pays aux millions de temples! Bouddhisme et hindouisme se côtoient et s’entremêlent avec parfois de fortes influences Khmer très intéressantes. Certains ont une authenticité millénaire alors que d’autres sont surprenants de modernisme ou d’un kitsch légendaire. On ne va pas vous faire une longue liste des temples qu’on a visité dans le nord, mais plutôt vous parler de ceux qui nous ont vraiment marqué, choqué ou ému.

CHIANG MAI
Après la ville de Sukhothai classée au patrimoine mondial de l’Unesco, nous voici arrivés à Chiang Mai, une grande ville reconnu pour ces nombreux temples qui foisonnent de partout.

– Wat Phra Lat
Honnêtement, c’est certainement un des temples qui nous a le plus ému… à vie. Caché dans la jungle au milieu d’une belle bute à 30 minutes à l’ouest de Chiang Mai, l’ambiance est unique en son genre. Entrer dans ce temple équivaut à un voyage introspectif et contemplatif immédiat. Le calme, la sobriété et la lenteur reignent ici en maîtres, la beauté au naturel se faufile dans chaque recoin et le tout vibre de sensibilité et d’attention aux détails. Une rivière traverse le temple, emportant avec elle le silence naviguant sur ses flots. Et lorsqu’elle se transforme en une mini cascade devant une belle vue sur Chiang Mai en contrebas, notre bruit intérieur sans fin se retrouve emporté au loin. Nous aurions pu y passer une semaine tant nous nous y sentions bien. De magnifiques vacances pour nos corps et nos esprits d’occidentaux bien trop remplis par le tumulte incessant de nos désirs et de nos angoisses latentes.

– Wat Phrathat Doi Suthep
En continuant un peu plus haut sur la même butte, nous arrivons à cet autre temple bien plus visité. Difficile de faire plus contrasté : la nature a laissé la place au béton, le calme à l’agitation des groupes de visiteurs s’affairant sur les centaines de marches à gravir, la sobriété est remplacée par l’opulence et la vividité de tons dorés. Un immense point de vue sur la ville et les montagnes permet de respirer un peu, le temps de voir 2-3 atterrissages d’avions sur le tarmac de l’aéroport de Chiang Mai. Le haut lieu de culte central, dans lequel nous rentrons pieds nus, est une zone où le doré éblouit les plus aveugles, où les babioles en tout genre donnent des cauchemars aux plus minimalistes et où la spiritualité rime avec exubérance et idolâtres à profusion. Pas trop mon style donc, mais il faut avouer que le tout est assez singulier.

– Wat Chaloem Phrakiat
(aussi connu sous le nom Wat Phra Phutthabat Sutthawat) 

Le dernier temple que nous avons visité à l’est de Chiang Mai (dans une autre région en fait! Haha) nécessite deux heures et demi de scooter sur une route de montagne sinueuse. La jungle y est brute, la fraîcheur mordante et les villages traversés sont charmants avec leurs éco-habitations en bois. Après de magnifiques points de vue, un dérapage plus ou moins contrôlé sur un banc de sable avec le scooter et après avoir sorti puis rangé 15 fois nos pulls et coupe-vent pour palier aux nombreuses variations de températures, nous arrivons au pied du temple surnommé « Les pagodes flottantes dans le ciel ». 

Wat Chaloem Phrakiat est perché au sommet d’un énorme mogoth dont l’accès se fait dans un premier temps à l’arrière d’un 4×4 transformé en mini bus. Des barreaux, auxquels nous nous agrippons, nous aident à ne pas complètement écraser nos voisins lors des montées qui sont vraiment à pic. Une fois arrivé au stationnement d’en haut, des centaines de marches restent à gravir pour avoir accès au graal. En chemin des singes à queues de cochon sautent d’arbres en arbres, fuyant notre petit groupe de visiteurs composé principalement de locaux. Ce temple est bien trop loin pour la majorité des touristes normaux. En arrivant au sommet, un paysage « stupafiant » nous accueille : sur les sommets acérés de la montagne ont été érigés des stupas et autres pagodes qui semblent littéralement flotter au dessus de l’horizon. Un petit temple domine ici la plaine et notre visite est rythmée par les échos des énormes cloches de moines que les visiteurs frappent au fur et à mesure des prières et divers hommages qu’ils font à Bouddha. Le temps s’est ici arrêté et la sérénité fait vibrer nos âmes.

Lors de nos contemplations, nous recevons un magnifique cadeau d’un adolescent thaïlandais qui nous enseigne comment faire vibrer les gongs. Non pas en les frappant avec un maillet, mais plutôt en les caressant, harmonisant leur rythme au nôtre, pour en faire naître une mélodie enivrante. Je vous laisse apprécier la première performance de Noémie devant des locaux amusés!

Ce jeune a installé en nous une nouvelle passion que nous nourrissons à chaque nouveau temple que l’on visite, faisant au passage vibrer murs, statues et coeurs des petits et des grands. À tel point que j’ai réussi à me faire une ampoule à la main gauche à force de frotter des gongs de toutes tailles dans tous les temples que nous visitons!

Sur le chemin du retour vers Chiang Mai, j’avais tellement froid sur notre petit scooter que nous nous sommes arrêtés prendre une boisson bien chaude. En arrière du salon de thé, nous avons découvert des passerelles suspendues menant presque à la cyme d’un immense arbre. On était tellement zen qu’on en a profité pour faire de gros câlins à ce magnifique centenaire. 

Demain direction une autre ville reconnue pour ses nombreux temples.

CHIANG RAI
Après quatre heure de bus, nous voici arrivés à Chiang Rai. La ville a tout de suite moins de cachet mais ses temples eux sont impressionnants.

– Wat Rong Khun ou le temple blanc 

Ce temple est devenu un des symboles majeur de toute la Thaïlande et vaut à lui seul le détour jusque dans ce bout de pays. Construit à partir de 1997 sur les ruines d’un ancien temple par Chalermchai Kositpipat, il représente un magnifique hommage au bouddhisme auquel son auteur a consacré sa vie. Afin de rester entièrement libre au niveau créativité, l’artiste a refusé tout financement publique ou privé et a préféré fournir les deniers de sa propre poche. Un choix osé vu les coûts de construction et la date estimée de fin des travaux : 2070!

Ici, pas de doré ou de couleurs exhubérantes, c’est le blanc immaculé, symbole de pureté, qui domine tout. Mais comment faire ressortir les formes de la structure si tout est monochrome comme ça me direz-vous? C’est là où le génie de l’artiste entre en jeu : recouvrir chaque courbe, chaque pointe, chaque ligne, chaque changement de direction par des milliers de petits miroirs qui ajoutent le contraste nécessaire et font ressortir chaque détail de son oeuvre. C’est l’occasion pour Chalermchai Kositpipat de symboliser la sagesse de Bouddha qui rayonne dans tout l’univers. Le résultat est spectaculaire et donne l’impression que le temple est bâti d’une fine dentelle sur laquelle la spiritualité glisse doucement ses doigts. 

Visiter le temple représente un voyage en soi. Avant d’entrer dans la chapelle centrale, il faut d’abord passer parmi des mains qui sortent du sol, certaines brandissants des crânes ou proférant des doigts d’honneur. C’est le monde des désirs, de la luxure, de l’avidité humaine, de l’enfer, de tous les péchés et de toutes les tentations dont il faut s’extirper avant de pouvoir entamer son cheminement vers l’illumination.

Ensuite nous traversons le pont de la renaissance où tranquillement l’âme, soulagée de ses fardeaux terrestres, s’élève et voyage de l’ignorance vers la sagesse. 

La chapelle centrale, unique en son genre, est le point culminant du voyage spirituel. Elle est gardée par Rahu et la mort, deux forces protectrices nous guidant vers l’état d’éveil. Les murales intérieures mélangent les figures bouddhistes, références à la culture pop et aux actualités. S’y côtoient donc diverses figures bouddhistes, superman, alien, les attentats du 11 septembre, Bouddha, les avengers, hello kitty et autres personnages de la culture contemporaine. On pourrait faire une alerte au kitsch mais le tout s’intègre étonnamment bien et ressort en un symbole puissant des distractions et toutes les violences du monde moderne qu’il faut transcender afin d’atteindre l’illumination puis le fameux Nirvana bouddhique. Pour rappel, ce Nirvana n’a rien du sens occidental qu’on lui donne parfois, associé aux plaisirs et à l’extase. Non, le Nirvana dans le bouddhisme c’est plutôt l’état de conscience ultime où l’ignorance et les illusions n’existent plus. On y est libéré du Samsara, le fameux cycle incessant de réincarnations générant toutes les souffrances. Un état d’éveil ultime permanent, non conditionné, une sagesse permettant d’expérimenter la réalité absolue telle qu’elle est, le tout en toute vacuité.

Les photos y sont interdites, voici donc de l’extérieur à quoi cela ressemble. 

Ce temple restera gravé dans ma mémoire et mon coeur tant le symbolisme est utilisé pour transmettre des messages spirituels profonds, le tout façonné en une dentelle d’une finesse et d’une beauté rarement égalées.

– Wat Rong Suea Ten ou le temple bleu

Ici, changement drastique d’ambiance! Dès notre arrivée, la chanson « Sous l’océan » de Sébastien, le crabe rouge dans la petite sirène, a tout de suite résonnée dans ma tête : « Le roseau est toujours plus vert, dans le marais d’à côté […] ». C’est donc en sifflotant cet air que j’ai entamé cette visite au paradis du kitsch bleu : énormes statues surchargées, animaux du zodiaque, fontaines exubérantes, fresques démesurées, tableaux glamours de bouddhas parfois façon Jesus Christ avec une auréole au dessus de la tête, peintures photo-réalistes de moines en position du lotus sur d’énormes piliers soutenant le bâtiment principal… Ça choque et pique un peu les yeux. Toute spiritualité est noyée dans une œuvre qui ressemble à un temple hindouistico-bouddhiste façon Disneyland… C’est comme s’il avait fallu marquer le coup face à la splendeur du temple blanc et, pour moi, le résultat est le même qu’un coup d’épée dans l’eau. Mais il faut quand même avouer que ce temple nous emmène ailleurs et sort vraiment de l’ordinaire! Je quitte cet endroit avec Sébastien me chantonnant à l’oreille :

« Regarde bien le monde qui t’entoure,
Dans l’océan parfumé.
On fait carnaval tous les jours,
Mieux, tu ne pourras pas trouver ! »

– Baan Dam Museum ou le temple noir

Aaaaaah le temple noir, œuvre étonnante de Thawan Duchanee. J’ai été emballé par l’ambiance et le symbolisme, Noémie elle y était mal à l’aise tout du long. Et pour cause, on est ici à l’opposé du temple blanc : pas de dentelle, tout est brute de décophrage voir parfois aggressif! Une représentation du cheminement spirituel qui nous rentre dans le lard avec une force et une bestialité inusitées. Le musée est composé de plusieurs bâtisses à l’architecture traditionnelle thaïlandaise ou moderne non orthodoxe, chacune ayant un symbolisme propre, tantôt confrontant, banal, brutal, malaisant ou choquant, le tout sur un immense terrain avec des jardins et de belles rizières environnantes.

L’opposition avec le temple blanc se ressent même au niveau des artistes. Alors que Chalermchai Kositpipat est homme énergétique svelte aux traits fins, bien habillé et rasé, Thawan Duchanee lui est plutôt rondelé avec une grande barbe crépue, une grande gueule et des vêtements pas trop au goût du jour. Les deux hommes et leurs temples jouent donc vraiment au Yin et au Yang, ce qui est en soit déjà très intéressant.

Pour moi, le musée Baan Dam amène la réflexion suivante : comment arriver à s’élever spirituellement, vers tous ces concepts de sagesse, de détachement, de libération et d’éveil alors que le monde qui nous entoure est si aggressif, bestial, hypersexualisé et fait tout son possible pour nous garder dociles dans un cycle incessant de plaisirs matériels et éphémères?

Ce questionnement en tête, j’ai déambulé lentement dans les différentes bâtisses de ce lieu uniquement chaotique où se côtoient bois brut d’une noirceur inhabituelle, des tableaux d’un rouge pétant à la fois aggressifs et poétiques, la mort représentée par de nombreuses peaux d’animaux en tout genre disposées sur des chaises, des tables et des lits rappelant chamanisme et autres rituels des premières nations d’Amérique du nord, des immenses pénis à faire pâlir ceux qui croient qu’il n’y a que la taille qui compte, un buffle vivant en liberté à l’extérieur dont les immenses cornes imposent la méfiance et le respect, un squelette d’éléphant banalement posé sous un bâtiment construit sur pilotis, d’énormes tambours et gongs dont les vibrations rappellent le sens sacré de la visite, un sous marin géant (oui oui!) façon 20.000 lieues sous les mers avec de grands hublots pour un aperçu du luxeux confort à l’intérieur de cette forteresse, et des toilettes délirants où nous sommes accueillis par un grand vagin posant à côté d’un penis en pleine érection avant d’être invité à pisser au milieu d’oiseaux en bois suspendus symbolisants l’envol mutuel lors de l’échange de chairs. Entre chaque bâtisse, la nature merveilleuse et le soleil sont là pour nous rappeler que l’espoir existe malgré les difficultés et les horreurs que la vie réserve parfois.

– Wat Huay Pla Kang ou le temple géant
Le dernier temple que nous avons visité dans le nord de la Thaïlande est un temple chinois construit en 2009, symbole de démesure : un site regroupant une immense statue de 90 mètres représentant la déesse bouddhiste chinoise de la miséricorde assis en lotus sur des fleurs du même nom, des énormes dragons longeants les nombreuses marches menant à la géante, un immense temple juste à côté et une pagode de 9 étages abritant des dizaines et des dizaines de statues de déesse, de moines, de Bouddhas et autres. Fait intéressant, on peut monter en ascenseur les 25 étages composants l’immense statue afin de d’admirer le panorama directement de la perspective de la déesse puisque qu’on observe la vue depuis deux grands orifices allongés qui sont en fait les yeux de la statue!Même si j’ai trouvé le lieu pauvre en spiritualité, les dimensions sont impressionnantes et ça fait du bien de voir autant de féminité représentée dans les différentes sphères spirituelles et religieuses étrangement majoritairement masculines.

  1. Le Laos vous propose des roches étonnantes pour grimper, je n’ai jamais vu ça. Par contre, jamais de la vie…

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