Je commence cet article en plein milieu de la jungle laotienne, au bord d’une cascade qui forme des bassins naturels d’eau turquoise. Plus tard, j’irai me renseigner sur cette formation époustouflante. C’est une journée sur le thème de la contemplation, à l’image de notre début de séjour au Laos. Mathis est allé se baigner, je le vois euphorique au loin, profitant d’un massage de mère nature. Tremper les orteils me suffit, l’eau est froide et on a retrouvé des températures en dessous des 30⁰C.
On a fait tamponner nos passeports à la frontière Thailande-Laos le 29 octobre, et le lendemain on embarquait dans un transport public aussi populaire des locaux que des touristes : le slow boat. La rivière du Mékong prend sa source sur les plateaux tibétains et se jette dans la mer au sud du Vietnam. Elle est un axe privilégié de déplacement, quand les routes bitumées se sont transformées en gruyère de nids de poule, à l’image du pays qui bat le triste record du plus bombardé au monde. Le trajet se découpe en deux journées de 6 et 7h respectivement, avec une pause d’une nuit dans le village de Pak Beng. Le départ est annoncé à 9h30 mais on comprend bien vite que le bateau attendra tous les retardataires, pour un départ ce jour là à 10h20.
Bercés par le doux bruit du moteur, il n’y a plus qu’à regarder défiler le paysage. Sur les berges, une jungle flamboyante se déploie sur les collines bordant ce fleuve aux eaux couleur café au lait. De temps en temps, on aperçoit à travers la dense végétation les toits de tôle de maisons. La navigation est ponctuée d’arrêts sur ces berges, pour débarquer ou embarquer des passagers au compte-gouttes. S’il est délicat d’entrer en contact avec les laotiens à cause de la barrière de la langue, on jase avec les touristes. Mélina et Romane sont boulanger et patissière originaires du Mans. Ils viennent de commencer leur voyage sans date de retour. Séverine s’est lancée pour la première fois dans des vacances en solitaire, ayant même refusé à son amie de l’accompagner. Margot rejoint son amoureux dans quelques jours, qu’elle n’a pas vu depuis deux mois. Alain et Sabine sont en vacances pour plusieurs semaines, entre le Laos et le Cambodge. Angèle et Grégory voyagent pendant un an avec leurs 3 enfants Quentin, Lucas et Océane. Ils viennent de Nouvelle-Caledonie et font l’école à distance. Le rythme lent de la navigation invite aussi à plonger au fin fond de soi. J’en profite pour m’imprégner des enseignements que Don Miguel Ruiz prodigue dans son livre Les 4 accords toltèques. 60 pages sont vite avalées. J’aime bien associer des œuvres à des moments, elles me marquent davantage, je m’en souviens mieux, les sensations se réactivent. Par exemple, lorsque j’écoute le groupe de musique The Queen, je revis une descente des Pyrénées en Twingo avec Joachim et Amélie, il y a plus de 10 ans.
On descend du bateau à Luang Prabang, ville inscrite au patrimoine Unesco. Elle a conservé à merveille l’architecture coloniale française, et on prend un réel plaisir à déambuler dans les rues et les ruelles sans plan pour la journée, sans but précis. Par hasard, on tombe sur le marché matinal et instantanément on se souvient qu’on est au Laos, avec les étalages de fruits sur une bâche à même le sol, des viandes qui trempent dans des bassines, les croustilles d’algues du Mékong, des crapauds et des cadavres de corbeaux. Un peu plus loin, des chants répétitifs proviennent d’un temple bouddhiste où se déroule une cérémonie de remise de robes pour les jeunes moines. Et si on a un petit creux, on entre dans un restaurant à la française où l’on peut commander un croissant au beurre et se faire alpaguer par une mamie laotienne ravie d’utiliser les quelques mots de français qui lui restent de la colonisation. La ville se prête bien à la déambulation.
Une fois qu’on en a eu fait le tour, on a pris une journée pour aller explorer le site d’escalade du coin : Eagle Wall. C’est le genre de site qui demande toute une expédition. On sait à quelle heure ont part mais pas à quelle heure on arrive, ni exactement comment on va se rendre là où on veut aller. On roule 50 minutes en scooter vers le nord, jusqu’au bout d’une route de très mauvaise qualité dans le village de Pak Ou. De là, il faut se rendre à la plage et trouver une personne qui veuille bien nous amener en bateau au pied des falaises. C’est le lieu d’embarquement des touristes qui veulent aller à la grotte, mais nous voulons aller dans la direction opposée. Mathis réussit tant bien que mal à nous négocier un lift, et lorsque quelques minutes plus tard il nous débarque sur une plage qu’on pense être la bonne, on espère qu’il a bien compris de venir nous rechercher 6 heures plus tard. Mais pour l’heure, on s’enfonce dans la jungle dans la direction de la falaise. On monte, on monte, à travers les lianes et tout à coup, on émerge au pied d’une paroi immense, orange et blanche, qui surplombe le fleuve, promettant une vue imprenable en haut des voies. Si trouver la falaise était toute une aventure, trouver les voies est une autre paire de manches. Quand un site n’est pas grimpé, la végétation reprend ses droits et il est parfois difficile de trouver les ancrages parmi les plantes grimpantes. Finalement, on se lance dans ce qu’on pense être une 5b, avec possibilité d’une 6b ensuite, où Mathis se retrouvera nez à nez avec une chouette endormie couvant ses petits. Pour ma part, le temps manque pour une deuxième longueur mais la vue à elle seule me comble. Il est déjà l’heure de retourner à la plage, où notre capitaine de barque nous rejoint à 16h15, assez pour nous faire stressée un peu. Ce sera notre seule visite à Pak Ou. Nous avons ensuite une excursion dans un centre de conservation d’éléphants avant de nous diriger vers le sud, à Vang Vieng.
Je laisserai Mathis le soin de vous parler des éléphants ainsi que de la grimpe au Laos, principal prétexte de notre visite à Vang Vieng. C’est une ville où convergent les touristes qui veulent combiner plein air et nightlife. Une grande partie des commerces ont organisé leur business autour du plein air et il y en a pour tous les goûts : descente de rivière de chambres à air ou en kayak, randonnée, visite de grottes, lagons bleus, tour de kart, tour en paramoteur… Et un jour, c’est Noël. Avec un mois d’avance, Mathis me fait la surprise d’ un vol en montgolfière. Je les avais admirées de loin, en haut d’une randonnée escarpée qu’on avait finie à la frontale. Je n’avais pas imaginé que je monterai dedans! Un tuktuk vient nous chercher et nous conduit dans une grande plaine où on attend pendant une bonne heure. Et tout d’un coup, tous les montgolfiers s’activent. On sort les paniers en osier des pickups et on les fait basculer sur le flanc. On déploie les toiles des ballons. On allume de puissants ventilateurs pour gonfler les toiles, puis on y injecte de l’air chaud et enfin, on redresse le panier et on peut monter dedans, sous cet énorme ballon qui se dresse au-dessus de nous. Je n’ai même pas realisé qu’on avait decollé tellement c’était doux. Comme on se déplace à la vitesse des courants d’air, on a une impression de lenteur. Le montgolfier remet les gaz et on s’élève tranquillement, nous frôlons les arbres avec une précision d’horloger, avec l’impression qu’on va les toucher. Il maîtrise son art, entraînant le ballon dans une montée en spirale pour nous offrir une vue à 360 degrés sur la ville et la vallée. C’est magnifique de voir les autres montgolfières au loin, ça ajoute du grandiose au paysage. Malgré le bruit des brûleurs qui sont régulièrement actionnés, la montgolfière procure une sensation de calme et de paix. Dire qu’on se déplace au gré des vents. Dejà on redescend, notre chauffeur a repéré un champ pour atterrir tout en douceur. Joyeux Noël!
Je vous laisse là-dessus mais la slow life de poursuit vers le sud. Rendez-vous dans le prochain article.




































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