Grimper Lao(s)!

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Si vous avez manqué la grimpe tout au nord du Laos sur le bord du Mekong à Luang Prabang, vous pouvez lire ce précédent article : Slow life au Laos

Notre amour pour la verticalité nous a par la suite emmenés dans la fameuse ville de toutes les débauches : Vang Vieng.

Vang Vieng

Située à environ 1h de train rapide au sud de Luang Prabang, Vang Vieng est réputée pour ses nombreuses soirées chaudes, ses karaokés endiablés, ses grosses raves en plein champs, la consommation de drogues en tout genre (malgré leur interdiction très stricte au Laos) et anciennement pour son tourisme sexuel. Étonnamment, elle est tout aussi réputée pour ses nombreuses activités de plein air comme la randonnée, le kayak, le rafting, les tours en quads sur des sentiers boueux, ses lagons bleus, les poétiques montgolfières, l’exploration de grottes et bien d’autres. Impossible ici de s’ennuyer! Si ce n’est du style de touristes que ce lieu particulier attire… Comme par exemple ces 3 filles se baladant en bikini le soir en pleine rue, dans l’irrespect total du code vestimentaire normal au Laos…

Loin de tout le flafla, Vang Vieng dispose aussi de 8 falaises à grimper! Une étant fermée lors de notre visite et une autre possédant uniquement des voies d’escalade traditionnelle, nous voici tout excités de découvrir 4 crags loin de la foule. Ce qu’on ne savait pas, c’est que grimper à chaque site représenterait une aventure à part entière.

Pha Daeng

Pour notre première journée, direction Pha Daeng a seulement 10 minutes de notre hôtel. On laisse notre scooter parmi les vaches, on suit un bras de rivière asséché, on crapahute un peu dans la jungle et nous voilà au pied de la paroi. L’endroit est plutôt propre malgré un spot où s’accumulent de nombreuses bouteilles plastiques, certainement pour optimiser leur descente se dit-on. Après avoir eu de la misère à identifier les voies du fait de nombreuses informations divergentes sur les différents topos, il nous faudra une bonne heure à nous décider si nous allions grimper ici ou pas. Et pour cause, la majorité des voies accessibles pour notre niveau étaient protégées simplement par de vieilles cordelettes desséchées ou si minces qu’on aurait pu s’en faire du fil dentaire… Après une longue évaluation des risques potentiels et de nos options, nous décidons de grimper sur 2 voies qui nous semblent les plus sécuritaires. Je découvre alors que les araignées ont fait du mur leur demeure… Je grimpe sur un mur entièrement recouvert d’un réseau vivant de toiles inter-connectées. Ça grouille autour de mes pieds et je mets mes mains dans les prises avec la peur au ventre. Les arachnides sont variées, de la petite rouge fluo qui semble hyper venimeuse, à la grosse au cul jaunâtre accueillant des milliers d’oeufs… J’essaye de leur parler, de m’excuser pour mon intrusion dans leur monde qui colle à ma peau. La majorité me fuient tandis que certaines sortent de leur trou à toute allure et me regardent droit dans les yeux, l’air défiant : « Met tes doigts par ici pour voir! » les entends-je dire. D’autres font des acrobaties plus impressionnantes que Tom Cruise, se jetant dans le vide attachées à deux filaments de soie, libérant un fil à un moment stratégique afin que la trajectoire de leur chute ne les amène en pendule loin de moi. D’autres font tout simplement le saut de l’ange et tombent doucement au bas de la paroi où Noémie me regarde me dépatouiller avec tout ce beau petit monde. Je suis couvert de résidus de toile, j’en ai dans les cheveux, le visage, la barbe, aucune région n’est épargnée. Heureusement la vue est belle et je vois au loin la vallée ainsi que la ville entre les tuffas qui pendouillent autour de moi.

Ai-je mentionné à quel point le bas de la paroi est quant à lui poussiéreux? Le style de poussière hyper fine qui colle partout et qui salie tout ce qui la touche. Après 2 voies nous sommes incroyablement sales et éreintés. On ne s’attendait pas à ça pour la paroi soit disant la plus grimpée de Vang Vieng!

Le lendemain de cette grimpe mentalement fatiguante, direction un des nombreux « blue lagoon » afin de profiter d’une journée différente et d’une baignade dans une eau supposément turquoise… difficile à dire lorsqu’il pleut!

Puis nous avons décidé de prendre une autre journée de « repos » afin de faire une randonnée menant à un magnifique point de vue sur la vallée au coucher de soleil. Nous n’avions cependant pas anticipé une telle difficulté ni la quantité de boue sur le sentier qui allait transformer nos vêtements en véritables vieux torchons bien sales.

Secret Canyon

Personnellement j’aime les endroits reculés donnant l’impression de vivre une aventure! Normal donc que le nom « Secret Canyon » ait éveillé une certaine excitation lorsque je l’ai vu. Dans les faits, cette journée de grimpe aura été plutôt… cocasse! Après 20 minutes de scooter, nous voici arrivés à un endroit un peu spécial, une espèce de zone d’activités d’aventures pour touristes majoritairement chinois. Au menu : enchaînement de tyroliennes, exploration plan plan de grottes aménagées, baignade en piscine, dérive en bouée sur une rivière traversant une grotte dans le noir et kayak dans des petits rapides. Nous payons nos droits d’accès et nous dirigeons vers ce fameux canyon secret… Qui est depuis devenu une étape obligatoire du circuit reliant 2 grottes et la suite des tyroliennes. Le chemin est étroit et bétonné, encadré par des câbles de fer que nous devons enjamber afin de pouvoir nous préparer à grimper. Nous voici donc dans un étroit canyon juste à côté d’un chemin ultra passant à nous échauffer. Les nombreux touristes chinois qui passent nous regardent bizarrement, se demandant ce que nous faisons de l’autre côté de la barrière à gigoter de la sorte. Nous devenons malgré nous une attraction à part entière et les chinois se mettent même à imiter nos mouvements d’échauffement en rigolant. Noémie contient sa frustration tandis que je m’amuse à effectuer des mouvements bizarres pour amuser la galerie. On se sent un peu comme des animaux de foire, des bouffons plantés là pour offrir une distraction supplémentaire aux touristes. Les guides eux mêmes sont surpris de nous voir là tout seul avec tout notre stock sans guide. Les photos, « oooooh » et « aaaaaah » fusent alors que nous grimpons sur une roche sale et peu fréquentée. De plus, la roche est principalement constituée d’agglomérat, un type de roche qui a tendance à s’effriter voir à se détacher, et sur lequel nous avons eu une très mauvaise aventure en Indonésie. Je pense que pour Noémie, cette journée au Secret Canyon fait partie de ses pires journées de grimpe en Asie du Sud-est vu comment elle vient de me la décrire : « Osti d’marde, qu’est-ce que c’était chiant comme place! »

Pha Tang

Après ces deux premières experiences de grimpe à Vang Vieng, nous croyions que le pire était derrière nous et avions bien hâte de découvrir Pha Tang, un site un peu plus éloigné de la ville et des activités touristiques. Nous ne savions pas qu’une autre aventure nous attendait! Il faut en effet d’abord faire 45 minutes de scooter avant d’apercevoir la falaise au loin sur la gauche. Les guides mentionnent ensuite de « trouver un moyen/chemin pour traverser les champs et plantations » afin d’arriver au pied de la paroi sans indiquer par où passer. Nous voici donc en scooter à emprunter aléatoirement des chemins de traverse à la recherche d’un accès viable à la falaise. Notre choix s’arrêtera sur un chemin caboteux menant à une petite surprise : une rivière à traverser à pied! Nos affaires sécurisées dans nos sacs à dos, je traverse la rivière pieds nus en premier, manquant de me faire emporter par le courant en glissant sur une roche. Heureusement, je réussis à me rattraper mais au prix d’un bleu sous le pied gauche qui durera quelques jours. Noémie décide de passer ailleurs et le fera sans encombres! Nous nous faufilons ensuite dans les champs et les plantations, cherchant notre chemin parmi les nombreux arbustes. Nous atteignons finalement le Graal mais sans savoir dans quelle zone de la paroi nous sommes. Nous devons aussi nous faire à l’évidence : rares sont les téméraires qui osent venir grimper ici car la nature a repris ses droits! Le bas de la falaise et plusieurs parties du mur sont envahies de vignes et autres plantes, parfois urticantes. Il va falloir nous frayer un chemin dans tout cela et jardiner un peu avant de pouvoir grimper! Il nous faudra une demi journée au complet pour trouver des voies grimpables, désherber et nettoyer le secteur pour pouvoir pratiquer notre passion. Après avoir grimpé deux voies dans une humidité étouffante, à proximité d’immenses nids d’abeilles dont les milliers d’habitants vibrent et forment d’énormes ondes se propageant à leur surface, nous sommes épuisés et décidons de rentrer. Une chose est sûre : côté aventure, on est bien servi par ici!

Sleeping wall

Notre dernière journée de grimpe à Vang Vieng se déroule sur un petit mur directement dans un éco-lodge assez chic au bord de la rivière. Nous arrivons sur notre vieux scooter dans cet endroit luxueux et nous nous demandons si nous sommes bien à la bonne place. Bizarrement le lieu est complètement désert et les deux employés présents ont un peu l’air de se demander ce que nous faisons ici! En voyant nos affaires d’escalade ils comprennent vite et nous montrent où est la paroi. Cette dernière est somme toute assez inintéressante et nous ne resterons pas très longtemps puisque j’avais organisé une surprise pour Noémie pour son Noël (bien avant l’heure d’ailleurs!) : à lire aussi sans le précédent article Slow life au Laos.

Après Vang Vieng, direction le centre du Laos à quelques 5 heures de là en train puis en bus.

Thakhek

Thakhek abrite LE site d’escalade majeur du Laos : Pha Tam Kam, un site exceptionnel de renommée mondiale avec près de 700 voies réparties sur pas moins de 54 crags situés les uns à côté des autres! C’est tout simplement étourdissant! Certaines personnes y restent plusieurs mois afin de pleinement profiter des lieux et accomplir des projets plus ou moins difficiles. Et il y en a pour tous les goûts : grimpe en 3 dimensions avec de nombreuses tuffas, grimpe verticale, dévers, toit gigantesque, grimpe dans des grottes, multi-longueurs, grimpe dans un canyon, de l’escalade puzzle, délicate, en puissance, pompante, de la roche agréable, coupante, lisse, texturée, sale, propre et même du bloc pour les amoureux de l’explosivité… Seule la dalle semble peu représentée ici mais nous n’avons pas eu le temps de faire toutes les parois non plus!  

Certaines voies sont des expériences uniques, le genre qu’on ne grimpe qu’une seule fois dans sa vie! Comme par exemple « Cavewoman » où l’on grimpe à l’horizontale dans une cave le dos collé au plafond! Ou alors « Saugeburt » où on escalade un toit en rempant dans un trou puis en marchant à quatre pattes sur une vire trop petite pour se tenir debout! Sensations garanties! Vous l’avez compris : l’escalade y est simple d’accès, variée, mémorable et extrêmement amusante et épanouissante. 

Cet endroit nous a fait un bien fou après les nombreuses parois où juste trouver une voie était un accomplissement en soi! Ici pas de recherche pendant des heures ni de lutte dans la jungle épaisse. Les chemins sont bien tracés et entretenus, les topos sont majoritairement à jour et le nom des voies est peinturé au départ de chacune d’elle! Quel bonheur! 

Malgré tous les bons côtés de Pha Tam Kam, nous sommes repartis avec un avis mitigé sur ce lieu pourtant incroyable. Et ceci en grande partie à cause de la « Green Climbers Home », l’immense hébergement ayant le monopole du site. À bon entendeur : les employés sont majoritairement très sympathiques; les deux camps sont bien aménagés avec des bungalows sur pilotis qui ne dénaturent pas le paysage et des tentes cachées dans le bois; la nourriture est excellente, quand même abordable (vu la position de monopole) et diversifiée; le système mis en place pour gérer les commandes à côté des repas (boissons gazeuses, bières, snacks, barres de céréales, etc.) est efficace pour éviter d’attendre trop longtemps. Le problème est ailleurs et peut se résumer en trois points :

1) Pha Tam Kam se situe à 45 minutes de Thakhek, la ville la plus proche. La route pour y accéder est absolument horrible avec des nids de poules de la taille de piscines olympiques, de la poussière à vous obstruer le moindre orifice et des camions qui vous rentrent dedans si vous ne vous écartez pas de leur chemin. Ceci fait que la majorité des grimpeurs et grimpeuses choisissent de loger directement à la Green Climbers Home et non pas ailleurs. C’est aussi cela qui a eu raison de nous après 5 jours à faire l’aller-retour Thakhek-Pha Tam Kam en scooter.

2) La Green Climbers Home est majoritairement détenue et gérée par des étrangers. Les seuls employés laotiens sont les cuisinières, deux ou trois serveurs, et ses gens adorables font aussi le ménage dans les camps.

3) Aucune initiative n’est menée par la Green Climbers Home pour inclure les locaux dans leur économie bien trop circulaire : pas d’aide pour les enfants, pas d’initiative autour de la santé mentale, pas de transmission de savoir faire envers les locaux pour l’ouverture de voies, pas de projets pour protéger les montagnes des investissements ferroviers ou miniers chinois… Rien, à part un contrat de location des terres auprès de la famille de fermiers propriétaires des lieux.

Ces trois points ensemble font qu’on a l’impression de passer des vacances dans une bulle de touristes créée pour les touristes, une sorte de Club Med pour grimpeurs où chacun est invité à oublier tout ce qui existe autour afin de bien observer juste son propre nombril et ses performances et de devenir le grimpeur ou la grimpeuse la plus « rad/cool » possible… La majorité des grimpeurs vous conseillerons d’ailleurs de dormir là-bas pour « profiter de l’ambiance ». Et même si effectivement la communauté de grimpeurs amène souvent une ambiance très conviviale et agréable, et aue nous avons rencontrés des humains géniaux là-bas, cette manière de faire soulève en nous de sérieux questionnements éthiques, notamment sur cette tendance occidentale à reproduire des comportements de colons. Je me souviens d’ailleurs m’être ironiquement dit dans le tuc tuc nous ramenant à Thakhek après 10 nuitées à la Green Climbers Home : « Ah oui c’est vrai, nous sommes au Laos, la majorité des gens ici sont des laotiens et ils ont leur propre alphabet ». Et ni Noémie ni moi n’avons aimé cette sensation de sortir d’une bubulle de touristes bien nantis passant l’intégralité de leur temps entre eux.

Heureusement, aux dernières nouvelles d’autres hébergements, tenus par des locaux cette fois-ci, vont ouvrir juste en face de la Green Climbers Home. Ceci aidera, je l’espère, des familles laotiennes à diversifier leurs sources de revenus et à profiter du tourisme d’escalade. En attendant, nous ne pouvons que souhaiter que la Green Climbers Home ne s’implique d’avantage dans le paysage économique et humain de cette région si accueillante et belle à découvrir.

  1. Le Laos vous propose des roches étonnantes pour grimper, je n’ai jamais vu ça. Par contre, jamais de la vie…

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