Les falaises de calcaire de Lan Ha

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Lan Ha, c’est la petite soeur de la Baie d’Ha Long. Si cette dernière est très célèbre, la première n’a rien à lui envier. On y accède en passant sur l’île de Cat Ba, où nous avons élu domicile pendant un peu plus d’une semaine.

Après la frénésie d’Hanoi, Cat Ba a été une bouffée d’oxygène. Pas que la ville nous ait particulièrement plu, je vous dirai plus tard pourquoi. La nature était proche et les paysages à couper le souffle. En plus, ma Midou, ma grand-mère, m’avait offert le topo d’escalade du coin, un prétexte de plus pour aller visiter. Et puis nous avons fait de superbes rencontres et vécu des expériences qu’on n’aurait même pas osé rêver.

Vous vous souvenez de Jean Verly du centre d’escalade Vietclimb, qu’on avait interrogé quelques jours plus tôt pour le podcast? Sur sa recommandation, on a rencontré Trang (prononcer Tchang), une femme vietnamienne d’une grande gentillesse et générosité, un coup de coeur instantané. Le courant est passé comme si on la connaissait depuis toujours. Trang a grandi au centre du Vietnam, puis elle s’est installée à Hanoi pour ses études. Après un tournant de vie, elle a décidé de mettre l’escalade au cœur de sa vie en devenant guide à Cat Ba, ce qui lui permet de réaliser ses projets de grimpe dans ses temps libres. Avec elle, on a bu un café, exploré la falaise de Butterfly Valley, on s’est initiés au psicobloc (en anglais Deep water solo), pagayé dans la baie, enregistré un épisode de podcast, et elle m’a même aidée à organiser le cadeau de Noël de Mathis!

Ici, l’escalade se pratique sur l’ile et dans la baie. Sur la terre ferme, à quelques tours de roue de scooter, on a été grimper d’abord à Fisher Valley, une belle falaise blanche dans une vallée calme et reculée de Cat Ba. C’est là qu’on a rencontré Didac et sa copine, un couple d’espagnols à qui on a vanté les mérites de l’Indonésie, et qu’on a retrouvés à Huu Lung, juste avant qu’ils s’y envolent.

Puis on a été grimper à Butterfly Valley, avec Trang, Tiphaine et Jérémy, un couple de français expatriés à Montréal, en voyage d’un an, recommandés par une ancienne collègue de Mathis (Adélaïde, on te salue). Le monde est petit quand même, et la communauté de grimpeurs encore plus. Tiphaine et Jérémy sont, comme nous, en année de break. À l’heure où j’écris ces lignes, l’envie les a poussés vers l’Europe, où ils construisent une van pour aller barouder… après plusieurs mois en Asie du Sud-est en sac à dos.

Dans la baie, on a d’abord essayé le psicobloc avec Trang. On prend un bateau le matin, qui nous amène au pied des parois. Ces grosses montagnes, que la mer a creusée en bas, ne sont accessibles que par bateau, le pied des parois étant recouvert de coquillages coupants. Le bateau place donc son nez sous ces formations rocheuses et on grimpe de là. Puis il se recule et, si on chute, c’est l’eau qui nous réceptionne. Moi qui ne suis pas très à l’aise avec la grimpe non encordée ni avec l’eau, ça a été un beau défi. Il faut dire aussi que cette journée-là, le soleil avait oublié de se lever et il ne faisait pas si chaud. Mathis, lui, est monté à plus de 10m, puis a sauté presque sans hésiter. De retour sur le bateau, il en redemandait. Et vous, vous feriez ça?

Comme je préfère largement être sur l’eau que dans l’eau, on a poursuivi la journée par du kayak, guidés par Trang et son collègue québécois Maxime. On est passé par des villages de pêcheurs, qui vivent sur des plateformes flottantes ou directement sur leurs bateaux, et déposent méthodiquement au fond de l’eau des casiers pour cultiver les palourdes. On a rêvé ensemble à de nouvelles parois d’escalade, on a exploré des grottes. Et là, le soleil nous a fait la belle surprise de sa présence, réchauffant les cœurs et les couleurs de fin de journée, ajoutant un contraste époustouflant à ces formations rocheuses sorties de l’eau.

En rentrant à l’hôtel à Cat Ba, on n’avait qu’une envie, c’était de retourner passer du temps au milieu de la baie, au calme de l’affluence touristique de la ville. Cette ville nous attriste et nous fâche en même temps. Le front de mer a été repoussé de probablement 200 mètres, et de grosses compagnies sont en train de bâtir une seconde ville à la Disneyland, avec sa gigantesque fontaine multicolore à l’entrée, ses rues pavées, ses résidences pavillonnaires bien rangées, ses magasins luxueux, son aménagement paysager trop parfait, sans oublier ses sculptures « I love Cat Ba » pour les égoportraits. Que vont devenir les hôtels tenus par les Vietnamiens, baptisés Rooftop view ou encore Sea Balcony, qui n’ont déjà de « vue » plus que leur nom?

En catimini, j’organise alors le cadeau de Noël de Mathis, avec l’aide précieuse de Trang. On va aller passer 2 nuits sur une plateforme flottante avec deux pêcheurs. Impossible de les trouver sur booking et autres sites de réservation d’hôtel, car il y a une refonte totale de la réglementation sur les hébergements dans la baie. Je comprends plus tard qu’on vit une expérience exceptionnelle.

Un matin, on rejoint Tiphaine et Jérémy au port de Ben Beo, avec nos deux sacs d’escalade et notre sac de vêtements. On va grimper à Moody Beach… Sauf que ce soir, Mathis et moi on ne rentrera pas en ville. Quand le bateau nous débarque sur l’île, on est seuls au monde et émerveillés par la beauté du paysage. On a la plage à nous tous seuls, les voies sont partiellement à l’ombre, l’eau est turquoise. Une journée au paradis.

Après cette journée incroyable, le bateau nous débarque sur la plateforme flottante au coucher du soleil, où nos deux hôtes nous ont préparé un souper copieux et délicieux. Puis le plus jeune nous propose, à l’aide de Google translate, de pêcher des seiches. Ravis, on s’installe au bord de l’eau et on agite la canne à pêche. Rien ne mord. Son astuce, c’est d’installer une lumière rouge au-dessus de l’eau, ce qui désoriente les mollusques et les fait nager à la surface. Il peut alors les collecter à l’épuisette. Alors il nous demande si nous voulons goûter un sashimi de seiche. Bien naïfs, nous répondons positif. Quand on vous dit sashimi, vous imaginez bien sûr un morceau de poisson cru bien apprêté sur du riz. Vous comprendrez notre surprise (et mon dégoût) lorsqu’il m’a mis dans la main la seiche à peine morte après lui avoir trempé la tête dans un bol de sauce soya au wasabi!! C’est Mathis le courageux qui l’a mangée, la bouche dégoulinante de son ancre noire. Mais ce n’est pas tout! Croyant me faire plaisir, il est allé en pêcher une autre, l’a faite bouillir et me l’a gentiment tendue pour que je la mange! Plus le choix! Expérience authentique, n’est-ce pas?!

Pour moi qui ai le mal de mer, dormir sur la plateforme flottante s’est étonnamment bien passé. On n’a pas très bien dormi mais on était content d’être au calme. La Baie de Lan Ha la nuit, c’est la tranquilité une fois que le dernier bateau de croisière qui a jeté l’ancre plus loin a éteint le karaoké, mais c’est surtout un ciel magnifique! Au réveil, on est accueillis par nos hôtes qui sont déjà au travail de la collecte d’huîtres : le dessous de la plateforme en est rempli! Après un petit déjeuner de riz frit, Tiphaine et Jérémy nous rejoignent pour une journée à Tiger Beach. Le bateau nous y dépose et après un échauffement, Mathis et moi partons grimper le multipitch de la région : quatre belles longueurs pour un total de 72 mètres au-dessus du niveau de la mer. On ne peut commencer qu’à marée basse, sinon on a les pieds dans l’eau. La première longueur passe d’une grotte à une autre. La deuxième longueur sort de la grotte par un passage étroit, donnant l’impression d’une renaissance, la troisième et quatrième longueur sont sur du vertical-dalle. Pour nous, c’est la première fois en Asie du Sud-est qu’on fait un multipitch en lead alterné (pour ceux qui ne grimpent pas, ça veut dire qu’on ouvre la voie chacun notre tour), d’habitude c’est Mathis qui ouvre la majorité des voies parce qu’il a moins peur en tête que moi, alors là je suis contente! En haut, on était sans voix face à la vue. Je vous mets des images car elles valent mille mots.

Voilà une des raisons pour lesquelles j’aime l’escalade. Même si parfois je remets tout en question. On n’a pas de drone mais on a nos 20 kilos de stock de grimpe pour se hisser au sommet des Bukits (le mot malaisien pour ces caps de roche, qui est resté depuis dans notre vocabulaire). Ce soir, la baie dans le corps, on est retourné sur notre plateforme pour de nouvelles aventures. Parce que ma première idée de cadeau était d’offrir à Mathis une excursion de nuit en kayak pour aller voir le plancton bioluminescent. Mon plan était tombé à l’eau parce que quelques semaines plus tôt, l’activité avait été suspendue à cause de deux touristes qui s’étaient perdus. Mais avec un peu de culot et beaucoup de gratitude, notre hôte nous a autorisé à emprunter un kayak pour notre 2ème nuit ici. Cachés des lumières des bateaux de pêche, on était comme deux enfants, à faire des remous avec nos pagaies pour faire briller la mer d’un éclat bleu éphémère. Les photos ne rendent rien, mais ce soir, la magie de Noël était avec nous.

On a conclu notre séjour avec une belle indigestion de Mathis. On soupçonne ses multiples tentatives de plongeon « vers le haut » depuis la plateforme – moi je les ai rebaptisés plongeons-crevette. Je vous épargne les détails de l’indigestion mais je vous mets une vidéo collector pour terminer cet article.

Plongeon-crevette au ralenti

  1. Moi qui croyais avoir tout goûté avec le poulpe bouilli, je me rends compte que c’est rien à côté d’un…

  2. Le Laos vous propose des roches étonnantes pour grimper, je n’ai jamais vu ça. Par contre, jamais de la vie…

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