Notre hiver dans le nord du Vietnam

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On s’était imaginé qu’on passerait les fêtes sur une plage à 35⁰C et le Vietnam nous a réservé une autre surprise. Je sais, rien à voir avec votre hiver enneigé jusqu’au cou, que ce soit au Québec ou en France. Mais n’empêche qu’on a eu une petite sensation de changement de saison. 

Huu Lung pour le temps des fêtes

Huu Lung est une région très rurale, à quelques heures de bus au nord d’Hanoi. On y trouve les sites d’escalade que Vietclimb développe depuis plusieurs années, en s’assurant d’un impact social et économique positif pour la population locale (on aura un épisode de podcast plus détaillé sur l’organisme). Ici les gens travaillent principalement dans les champs, et quelques familles ont récemment mis sur pied des homestay pour accueillir les grimpeurs Vietnamiens et internationaux de plus en plus nombreux. Et plusieurs locaux ont autorisé l’accès à leurs terrains pour que nous puissions grimper contre une faible contribution financière. Quelques faits intéressants de la région :

– Pendant la saison des pluies, la vallée est inondée et, durant notre séjour, durant la saison sèche, il n’était pas rare de marcher sur des cadavres de poissons. 

– Sur les arbres, les pommes-canelles sont enrobées de sacs plastiques pour les protéger des insectes. Comme il n’y a presque plus d’abeilles dans la région, les arbres à pomme-canelle sont pollinisées à la main! 

– Le dimanche, c’est journée karaoké : le sport national résonne dans les villages, chaque maison a ses enceintes! 

On est arrivé à Huu Lung de nuit, et ce n’est que le lendemain qu’on a découvert les majestueuses falaises qui encerclaient notre homestay. Nos hôtes, Hung et Hue, vivent ici avec leurs deux petites filles, et les parents de Hung. Hue est enceinte jusqu’au bout des ongles, elle devrait accoucher sous peu d’un petit garçon. Ça ne l’empêche pas de cuisiner de merveilleux repas, ni de refuser notre aide pour faire la vaisselle. 

Une fois nos bagages déposés dans notre chambre à 4 lits superposés, nos hôtes nous ajoutent des couverts à la table des autres résidents, et nous faisons connaissance. À peine installés, Julie me lance : « c’est Noémie? ». On s’était rencontrés il y a environ 7 ans à un spectacle d’humour d’Emmanuel Bilodeau, au cabaret du lion d’Or, à Montréal ! Me revient alors le souvenir d’avoir jasé d’escalade avec elle et son chum, le t-shirt de Kalymnos porté par Eric m’ayant mis la puce à l’oreille. Cette coïncidence fait encore halluciner Mathis, bien qu’il commence à avoir l’habitude que je croise des connaissances dans des lieux impromptus (comme un ami d’enfance en haut du Piton de la Fournaise à la Réunion en 2024). 

Ce séjour aura eu une saveur très familiale, marqué par de nombreuses retrouvailles de gens croisés depuis le début de notre voyage. On retrouve du monde de Pha Tam Kham à Thakhek, au Laos : d’abord Skaif et Brook, deux australiens, puis Maggi et Lukas avec leur ami Markus, tous les trois d’Allemagne. On retrouve aussi Dave et Nettie, les fameux climbing backpackers, avec qui on avait eu tellement de fun à Perlis en Malaisie. De Cat Ba, on retrouve Didac et Nuri par hasard, au café du coin, ainsi que Trang, qui vient en visite avec des amies. Et puis on rencontre aussi de nouvelles personnes : Sophie et Alexis sont aussi québécois, mais vivent à Squamish ; Steve vient d’Angleterre et Marcela d’Argentine, ils vivent en Thaïlande et sont ici en visite pour presque 3 mois. Ça fait plaisir de revoir ces visages, de se remémorer des souvenirs et de pousser plus loin certaines conversations. Et passer le temps des fêtes avec des amis, ça n’a pas de prix! 

Bien qu’ils ne célèbrent ni Noël, ni le Nouvel An, Hung et Hue nous ont cuisiné un festin pour le 24 décembre, et nous ont installé le karaoké pour le 31. Durant notre voyage, on a privilégié le contact avec les locaux, l’immersion dans les espaces peu fréquentés par les touristes, mais je dois dire que ça nous a quand même fait beaucoup de bien de se retrouver avec des occidentaux pour cette période.

Et puis autour de ces deux événements, il y a eu beaucoup de grimpe, sur des falaises de calcaire incroyables. Des tuffas, encore, mais différentes de celles du Laos toutefois. Des murs plus « plats », moins 3D, pour des mouvements délicats. On se levait le matin, on prenait le petit déjeuner, au choix une soupe Pho, du riz frit ou un Bang mi (sandwich). On choisissait une paroi en fonction de nos colocataires, dépendamment si on voulait être tranquilles ou socialiser un peu. On empruntait un scooter, généralement on prenait celui où il ne faut jamais retirer la clef : ici on dirait que la notion de vol n’existe pas, ça demande un temps d’adaptation mais ça fait du bien de ne pas se méfier. Et puis on allait découvrir une nouvelle paroi, il y en avait tellement!

Et les jours de repos, on allait s’installer au café du coin, prendre un chocolat chaud pour Mathis, un moka pour moi. On travaillait sur le podcast. On discutait avec les amis. Mathis flattait le chiot. On attrapait un ou deux fruits du dragon sur la route du retour. Et comme vous pouvez voir sur les photos, on est bien emmitouflés. Il faisait parfois moins de 10⁰C. Mais ce n’était que le début de notre hiver.

Cao Bang, une boucle en scooter

Après Huu Lung, j’ai proposé à Mathis d’aller faire la boucle de Cao Bang en scooter, histoire de s’enfoncer un peu plus dans le Vietnam rural. Malgré son impatience de retrouver la chaleur, il a accepté. Nous voici donc partis le 5 janvier avec le taxi commandé par Hung.

Je fais un petit aparté sur les transports qui nous étonnent toujours ici. Souvent, la facilité nous amène à réserver nos trajets via l’application 12Go. Mais évidemment, ils chargent beaucoup plus cher que les transports locaux et il n’y a jamais aucun thai, laotien ou vietnamien dedans. Un peu comme s’il y avait un système à deux vitesses : celui, ultra organisé, pour les touristes, et celui dont on ne comprend pas le fonctionnement, pour les habitués. On a donc essayé plusieurs méthodes pour accéder à ces moyens de transport :

  • Aller sur le site internet local : malheureusement, souvent ce n’est écrit qu’en langue locale, et il nous est arrivé de vivre de la confusion quant à la journée de départ.
  • Se pointer à la gare directement : généralement, personne ne peut nous renseigner sur l’heure de départ, et une fois partis, on passe notre trajet à vérifier GoogleMaps pour s’assurer qu’on va au bon endroit. Sans compter qu’il n’est pas garanti qu’il y ait une place pour nous.
  • Demander directement à un local de nous aider : mais à moins que cette personne ne parle très bien anglais, on peut se retrouver à avoir des informations seulement 3h avant notre départ.

Pour cette fois-ci, on a donc opté pour le « Bo Penh Nyang » des laotiens, on a travaillé notre lâcher-prise et on s’en est remis à Hung. Le taxi nous a conduit pendant 10km, puis s’est arrêté au milieu de nulle part et nous a dit d’attendre au chaud dans son auto. 45 minutes plus tard, un autobus est arrivé de nulle part lui aussi, on a chargé nos bagages, on nous a attribué une couchette, et on a roulé, pendant 4 ou 5 heures sur des routes sinueuses de montagne, pour finalement débarquer à Cao Bang. Si on n’avait déjà pas chaud à Huu Lung, là on a carrément sorti les tuques et les doudounes.

Le lendemain matin, on s’est vraiment demandé ce qu’on faisait là, sur notre petit scooter, couverts de presque la moitié de nos vêtements, à filer à 70km/h toujours plus vers le nord, à se geler les extrémités. Après 2 heures de trajet, on s’est arrêtés pour dîner et on se rappellera de cet endroit comme celui où on a acheté au restaurateur son paquet de cartes. Puis on est arrivés à Lenin Stream, un site historique de l’histoire vietnamienne. Ho Chi Minh, révolutionnaire vietnamien et plus tard premier président de la République démocratique du Vietnam, aurait passé plusieurs mois dans une grotte de ce site qu’il a nommé en hommage à cette grande figure du communisme : Lénine. Le site est cependant plutôt connu pour sa rivière aux eaux turquoises et cristallines.

On n’était pas au bout de nos peines. Après cette visite, nous avons repris le scooter pour 2h de route à travers des campagnes reculées. À la nuit tombée, grelottants, nous sommes arrivés à notre homestay, où nous avons accueilli un petit chat frigorifié dans notre chambre. Le lendemain matin, difficile de se lever tellement il faisait bon sous les couvertures. Heureusement le soleil était levé.

Nous avons découvert avec émerveillement la vallée dans laquelle nous nous trouvions, tracée par un cours d’eau et bordée de montagnes. Pour se réchauffer, on s’est essayés à une petite randonnée. On n’est pas allés très loin, soit parce qu’on n’a pas trouvé le bon sentier malgré les indications de Google maps, soit parce que le sentier n’était plus fréquenté. Mais on a eu une belle vue!

Et puis on a repris le scooter vers l’Est et on avait déjà moins froid avec le beau soleil. On a visité une grotte incroyable, la Tiger Cave, on s’est offert la visite complète et franchement, c’était probablement la plus belle grotte qu’on ait vue de tout notre voyage. Notre guide vietnamienne parlait bien anglais. Il y avait une attention particulière aux éclairages et aux couleurs, qui faisaient ressortir les gigantesques stalactites et stalagmites, dont certaines mesuraient plus de 15m de haut, sous un plafond de 60m par endroits. On a pris quelques photos, mais elles ne rendent malheureisement pas justice à l’immensité du lieu.

Avec encore plein d’étoiles dans les yeux, on est arrivés à notre homestay non loin de là. On a été accueillis par la grand-mère, qui nous a montré notre chambre et nous a offert du thé avant que son fils et sa belle fille ne reviennent des champs de patates. Ils ont cuisiné, on a soupé ensemble, monsieur était fatigué il est parti se coucher, madame est restée un peu à converser avec nous via Google translate, avec en bruit de fond le téléphone pour distraire le petit de 2 ans. Et puis on est allé se coucher, et on a réalisé qu’il y avait un trou d’au moins 20cm tout du long entre le mur et le plafond… Autant dire qu’on dormait dehors. Sous des grosses couvertures par 5⁰C, on n’a pas eu trop froid cette nuit-là.

Notre troisième journée dans la région a commencé par la cascade de Ban Gioc à la frontière entre le Vietnam et la Chine. On pourrait littéralement traverser à pieds la rivière et entrer en Chine. Les bateaux qui amènent les touristes au bord de la chute portent fièrement le drapeau de leur pays. Nous on se contente de la vue depuis la terre ferme, et on prend le temps de s’assoir sur la plage et d’admirer la cascade.

Puis on reprend la route vers de drôles de montagnes qui dénotent totalement des paysages de montagnes karstiques : le lieu s’appelle Đồi Cỏ Cháy Vinh Quý. On s’est arrêtés pour faire une petite randonnée, histoire de prendre un peu de hauteur.

Le 4ème et dernier jour de la boucle a été dédié à la fameuse God’s Eye Mountain, ce mogote percé de bord en bord d’un immense trou. Il paraît qu’à la saison des pluies, la plaine dans laquelle elle trône est inondée, magnifiant ce lieu déjà spectaculaire. En saison sèche, l’ambiance est plus terne mais nous avons la chance de pouvoir nous approcher de ce géant, fuyant le groupe de touristes qui arrive au point de vue et allume sa musique à fond, comme si tout le monde avait envie de l’entendre chanter et danser devant ce lieu au caractère sacré. Silencieux, discrets, on s’avance dans cette plaine pour s’imprégner davantage de ce lieu enchanteur.

Et notre séjour tire à sa fin. Ça aura été un 5 jours intenses, difficile sur le corps et parfois sur le moral. On a eu froid, très froid. Mais ça vallait tellement la peine! Se réveiller le matin et se lever avec un soleil qui réchauffe le cœur. Arriver dans des paysages où on se dit wow! Rencontrer des gens qui travaillent fort et vivent simplement. Ces espaces ruraux offrent cette authenticité que je recherche dans le voyage. Je crois qu’il aurait manqué quelque chose à mon expérience du Vietnam si on avait fait une croix sur cette loop peu fréquentée.

Retour à Cao Bang en scooter. Trajet en bus jusqu’à Hanoi. Demain, on s’envole pour Bangkok en Thaïlande puis on prendra le bus vers la chaleur de Koh Tao. Et pour patienter, on s’offre une séance de cinéma et on va voir le nouvel Avatar en anglais avec sous-titres en vietnamien!

  1. Moi qui croyais avoir tout goûté avec le poulpe bouilli, je me rends compte que c’est rien à côté d’un…

  2. Le Laos vous propose des roches étonnantes pour grimper, je n’ai jamais vu ça. Par contre, jamais de la vie…

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