Koh Tao : un paradis souillé

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Après le Vietnam, un choix important s’imposait à nous : continuer l’aventure au Cambodge ou faire la partie sud de la Thaïlande. Deux salles, deux ambiances! D’un côté un choix plus dans les terres, au frais, plus authentique et sauvage, moins touristique et à la découverte des temples d’Angkor qui nous attirent beaucoup. De l’autre, un choix plus insulaire au chaud avec des plages, un beau potentiel de plongée, un tourisme à outrance et des sites d’escalade de renommée mondiale mais surchargés car en pleine haute saison. Après presque deux mois d’hésitation, notre choix s’arrêtera sur le sud de la Thaïlande, cet endroit où nous rêvons d’aller et dont tout le monde nous parle depuis bien avant le voyage. 

Première étape : Koh Tao, une petite île dans le golfe de la Thaïlande. À cause des accrochages entre la Thaïlande et le Cambodge tout le long de leur frontière commune, nous prenons l’avion pendant 2h de Hanoï à Bangkok. Puis nous prenons un bus durant 8h qui nous fera parcourir environ 500km puis un bateau durant 2h pour atteindre notre destination. Nous arrivons décalqués mais content que ce gros trajet soit derrière nous!

Changement drastique de décor : les régions fraîches (autour de 15 degrés) et montagneuses, reculées, peu touristiques et où tout le monde s’habille chaudement du Vietnam ont laissé place à une chaleur humide autour de 30 degrés, à la plage aux notes turquoises, au bruit des nombreux bateaux et au sur-tourisme vêtu de bikinis. Petit choc de transition.

Nous restons environ deux semaines dans un des rares motels encore abordables sur l’île pour notre petit budget. La chambre est sommaire mais nous ne sommes vraiment pas compliqués là-dessus. Le seul dérangement que nous aurons sera une panne de climatiseur en fin de soirée qui occasionnera une nuit entière de transpiration à tremper les draps. En effet, sans personne à la réception nous n’avons pas eu de ventilateur de secours, et ouvrir la fenêtre n’était pas une option sous peine de se faire dévorer par les moustiques. Heureusement le lendemain nous avions un ventilateur en attendant que le climatiseur ne soit réparé le jour d’après.

Changement aussi de surface pour l’escalade! Après 5 mois à grimper sur du calcaire, nous voici de nouveau en contact avec du granit! Quel bonheur de retrouver une des roches les plus solides au monde, sans tufas et sans trous pouvant abriter serpents, scorpions, araignées, lézards, chouettes ou animaux en tout genre. On avait hâte de retrouver une grimpe plus technique et délicate sur réglettes, où le jeu de jambes et la confiance dans ses appuis de pieds reprennent toute leur importance. Sauf que sur la quatorzaine de crags présents sur l’île, le granit est un peu spécial : c’est un granite composite, comme un espèce d’amalgame de roches granitiques soudées entre elles. Bien que beaucoup plus solide que le conglomérat, cela surprend surtout lorsque chaque petit bout de roche incrustée est acéré comme des rasoirs. Ah, et c’est aussi beaucoup de dalle sans aucune prise de main à part des tout petit mamelons rocheux extrêmement coupants… On croyait avoir une bonne corne protectrice sur nos mains après 5 mois de grimpe intensive, mais nos doigts ont saigné une coupe de fois et Noémie est repartie de l’île avec quasiment plus aucune peau ni empruntes digitales. Heureusement, on n’avait aucune frontière à traverser pour la suite de notre périple! Cela dit : nous avons pu grimper dans des endroits magiques et insolites où le bruit des vagues se fracassant sur la côte venait accompagner le tambour de nos cœurs palpitants, où la récompense d’une journée d’efforts et de transpiration était un plongeon dans l’eau salée du golfe de la Thaïlande parmi de gigantesques balistes surpris de nos incursions dans leur monde et où les couchers de soleil m’ont rappelé mon enfance dorée à Tahiti.

Ce séjour sur Koh Tao aura aussi été l’occasion pour moi de refaire de la plongée, l’île étant renommée dans le milieu pour les fortes probabilités de rencontrer des requins-baleines en cette saison. Malgré 12 plongées je n’ai malheureusement pas eu cette chance mais j’ai pu observer et nager au milieu de bancs immenses de plusieurs milliers de poissons parfois tel que des petites bonites ou des barracudas. Un spectacle que je recommande à tout le monde d’expérimenter une fois dans sa vie tellement c’est beau et irréel. J’ai aussi pu prêter main forte pour nettoyer l’océan en faisant deux plongées de ramassage de déchets plastiques et autres matières potentiellement dangereuses pour les coraux et la vie marine. Un bon moyen de faire ma part et de contribuer à quelque chose de plus grand que moi. Pendant ces moments où j’étais sous l’eau, Noémie elle continuait de parfaire sa capacité à ralentir le temps et à faire avancer notre podcast Beyond The Cruxes en savourant des bons cafés les pieds dans le sable.

En parlant de déchets, je souhaite mentionner que tout n’est pas rose à Koh Tao et que le sur-tourisme amène son lot de complications sur une petite île comme celle-là. La gestion des déchets est catastrophique, même si elle l’est moins qu’il y a une petite dizaine d’années où aucun ramassage publique n’était assuré. Aujourd’hui au moins cela est en place mais tout atterrit dans une décharge à ciel ouvert au sommet d’une colline où le vent s’en donne à cœur-joie de faire virevolter les nombreux sacs plastiques, papiers, polyester et autres cartons dans les airs afin de les amener directement dans la mer… La grande majorité des touristes d’ailleurs s’en contre fiche et continue de prendre des sacs plastiques à chaque achat dans les supérettes… Sans parler de la consommation incroyablement abusive de petites et grandes bouteilles d’eau en plastique à chaque jour plutôt que d’arriver avec une gourde réutilisable et un filtre à eau… Ce tourisme là vient se faire cramer au soleil et faire la fête sur la plage jusque tard dans la nuit sans se soucier des mégots, bouteilles de bière, gobelets en plastiques et sachets qu’ils laissent constamment tout autour d’eux. Je n’ai rien contre les gens qui font la fête sans emmerder le monde, mais quand il faut constamment repasser derrière eux afin de profiter un minimum du lieu, ou qu’ils vous réveillent en plein milieu de la nuit parce qu’ils sont trop bourrés pour respecter leurs congénères, cela me dégoûte et me fait honte venant de la part de peuples soit disant « développés ».

L’île a aussi subi quelques typhons et tsunamis par le passé, laissant parfois derrière des hôtels tout entiers à l’abandon le long des côtes. À certains endroits cela donne un côté poétique et nostalgique, presque un charme au paysage, mais à bien des moments c’est plutôt triste de voir toutes ces constructions en béton moisissant sur le rivage, attendant leur dernière heure, le grand « plouf » final qui les plongera dans l’océan et dans l’oubli… Plutôt que de démanteler, on préfère oublier et laisser pourrir. Triste réalité.

Malgré tout, et pour ne pas finir sur une note trop négative, j’ai adoré Koh Tao. L’escalade nous a amené dans des lieux encore sauvages et protégés du tourisme de masse, à des points de vue incroyables sur des paysages dignes de mon enfance, nous avons pu profiter de plages agréables et nager parmi des bancs monstrueux composés de milliers de poissons multicolores, l’air marin m’a rappelé à quel point j’aimais humer cette odeur saline, et les vagues m’ont murmuré à l’oreille la saveur du temps pris à écouter le paysage plutôt que de constamment chercher à en consumer les attraits.

  1. Moi qui croyais avoir tout goûté avec le poulpe bouilli, je me rends compte que c’est rien à côté d’un…

  2. Le Laos vous propose des roches étonnantes pour grimper, je n’ai jamais vu ça. Par contre, jamais de la vie…

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